La grippe s’installe ! Le vaccin inefficace ?

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epidemie« Grippe : le seuil épidémique national est franchi pour la troisième semaine consécutive», indique l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS). Et manifestement, ce n’est pas fini : le taux de consultations pour syndromes grippaux est littéralement en train d’exploser : chaque semaine, le taux est le double de la semaine précédente. Et c’est l’ensemble du pays (métropole) qui est touché. Au total, depuis trois semaines, plus de 200 cas graves, et près d’une vingtaine de décès liés à la grippe.

 

syndromes« Nous avons observé une très forte augmentation des cas de syndromes grippaux vus en consultation de médecine générale qui ont doublé la semaine dernière par rapport à la semaine précédente », relève Isabelle Bonmarin, chargée de la surveillance de la grippe à l’InVS. « Le nombre des cas a été estimé à 470 pour 100 000 habitants la semaine dernière, au-dessus du seuil épidémique (177 cas pour 100 000 habitants). Le nombre de nouveaux cas pour la semaine dernière a, au total, été estimé à 303 000, contre 149 000 pour la période hebdomadaire précédente. L’intensité des syndromes grippaux devrait continuer d’augmenter cette semaine. L’épidémie pourrait durer environ six semaines avec un pic attendu d’ici à trois ou quatre semaines ».

 

epidemie_grippeA en croire les épidémiologistes, la France se dirigerait vers « une épidémie de grande ampleur » qui n’en serait « qu’à ses débuts ». Le pic épidémique atteint l’hiver 2013-2014, mais également en 2011-2012 et en 2010-2011, a déjà été dépassé depuis longtemps. En cause, apparemment, cette année, le vaccin qui ne serait pas optimal, le virus utilisé pour le confectionner n’étant que peu concordant avec le virus qui sévit particulièrement ces temps-ci : le virus de souche H3N2 représente en effet 62% des virus grippaux circulant actuellement en France, selon l’InVS, une souche connue pour provoquer des complications chez les personnes à risque (nourrissons, personnes âgées, insuffisants cardiaques ou pulmonaires, etc…). Or, estime l’organisation de veille sanitaire, « l’adéquation entre les souches vaccinales et les souches circulantes n’est pas optimale ».

 

OMSAlors, à quoi cela sert-il de se faire vacciner si l’on n’est pas sûr que ce soit efficace ? Du côté des services de santé, un seul mot d’ordre : il faut se faire vacciner, c’est la seule protection possible. L’Assurance Maladie vient même d’annoncer la prolongation de sa campagne de vaccination contre la grippe, jusqu’au 28 février, et ce « en raison de la progression actuelle de l’épidémie en France métropolitaine ». « La grippe étant actuellement en phase ascendante en France, il est encore temps de se vacciner », précisent les autorités sanitaires. « Bien que le vaccin soit probablement moins efficace cette année contre la souche H3N2, le bénéfice global de la vaccination n’est pas remis en question. », précise la Direction Générale de la Santé. Pourtant, on est en droit de se poser la question de l’utilité d’un vaccin, qui ne combat pas efficacement le virus en action… Même si la majorité des personnes décédées de la grippe ces dernières semaines étaient, pour une majorité, âgées de plus de 65 ans et non vaccinées, présentant par ailleurs un risque de complication, le constat est tout de même officiel : « La mortalité toutes causes (données Insee) observée reste supérieure aux valeurs attendues ».

 

grippeSelon une étude américaine qui vient d’être publiée, l’efficacité du vaccin contre la grippe 2014-2015 ne serait en fait que de 23%, c’est-à-dire basse, beaucoup plus basse que celle des vaccins des années précédentes. Dans l’hémisphère Nord, c’est l’Organisation Mondiale de la Santé qui décide durant le mois de février précédant la saison grippale quelles seront les souches de virus incluses dans le vaccin. « La composition dépend notamment de ce qu’on a observé lors de l’épidémie hivernale dans l’hémisphère Sud, entre juillet et septembre. Cette année, le vaccin vise deux souches de type A, H1N1 et H3N2, et une de type B », explique ainsi le Dr Elisabeth Nicand, membre du comité technique des vaccinations au Haut Conseil de la Santé Publique. Concrètement, cette année, les souches moteurs de l’épidémie sont des souches relativement nouvelles, en tout cas différentes de ces six dernières années, qui ont plutôt vu prospérer le virus de type H1N1, à l’origine de la pandémie de 2009. Résultat : peu de personnes y ont été déjà exposées de manière à développer des anticorps efficaces… et donc, beaucoup sont vulnérables, bien plus de monde que les autres années.

 

sos_medecinsAutre mauvaise nouvelle : même si une souche de type H3N2 était prévue dans le vaccin cet hiver, ces virus H3N2 ont muté en majorité (plus de deux tiers d’entre eux) entre le moment où l’OMS a arrêté son choix définitif sur la composition des vaccins, et le début de l’épidémie. Au Canada, la situation serait pire encore que dans notre pays : zéro % d’efficacité du vaccin ! « C’est une première à 0%. Un fait tout à fait exceptionnel », a ainsi déclaré le ministre canadien de la santé, Gaétan Barrette. Alors, d’un point de vue sanitaire (à quoi sert-il de s’inoculer dans le corps un vaccin inefficace), mais aussi d’un point de vue économique, est-ce que la campagne de vaccination en cours a encore du sens ? « Chaque année, l’Assurance Maladie invite par courrier plus de 10 millions de personnes à se faire vacciner. Ces personnes font partie des groupes à risques : personnes âgées de 65 ans et plus, personnes souffrant de certaines maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque…), entourage familial de nourrissons de moins de 6 mois, personnes obèses, femmes enceintes et professionnels de santé. Parmi ces 10 millions, 50% se font vaccinés soit 5 millions de vaccins qui sont remboursés pour l’ensemble de la population en France (gratuits pour les personnes à risque). Ce qui a un coût – des dizaines de millions d’euros -, mais au-delà de ce coût, il ne faut pas oublier qu’un vaccin inefficace se paye aussi en termes de soins (l’Assurance Maladie et les ménages payent ces soins), en termes de coûts sociaux (absentéisme dans les entreprises, perte de productivité, et là ce sont les entreprises qui payent). A l’échelle mondiale, en cas de pandémie, les coûts estimés vont de 500 milliards de dollars américains pour une intensité légère, à 2500 milliards de dollars américains (équivalent d’un an de PIB français) pour une pandémie sévère », analyse ainsi Frédéric Bizard, expert français reconnu en économie de la santé.

 

mainsPour la plupart des spécialistes, il est donc compréhensible que la confiance du public envers le vaccin contre la grippe soit ébranlée… Pourtant, tous recommandent malgré tout à ceux qui ne l’ont pas encore contractée, de se faire vacciner malgré tout. Car selon eux, la grippe continuera d’évoluer au cours des prochaines semaines. Et la souche B pourrait « enfin » arriver, ce qui signifie qu’alors, la population vaccinée serait protégée. En attendant, les mesures de précautions n’ont pas changé : se laver les mains souvent, éviter les contacts avec les personnes atteintes, et pour les personnes les plus à risque, porter un masque médical systématiquement en présence de tierces personnes.

 
 

2 réflexions au sujet de « La grippe s’installe ! Le vaccin inefficace ? »

  1. Sacha

    Il y a eu un avant et un après la « pandémie » de grippe de 2009 en terme de crédibilité des campagnes de vaccination.Ah oui après la souche contre laquelle le vaccin n’est pas efficace, enfin la vraie épidémie va  » enfin » arriver? Bonne nouvelle on va avoir un retour sur investissement puisqu’il faut tout transformer en terme de finances.
    Au final dans cet article les trois dernières lignes sont vraiment importantes.

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