Implants contraceptifs Essure : encore un scandale sanitaire ?

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5C’est l’avocat des victimes du médiator qui a pris le dossier en main : et cela veut tout dire… au cœur d’un nouveau scandale sanitaire, ou ce qui y ressemble, le laboratoire allemand Bayer. C’est lui qui fabrique les implants contraceptifs Essure, ces petits ressorts posés en sous-cutané chez les femmes désireuses d’éviter ainsi une grossesse… et c’est lui qui est, aujourd’hui, au cœur de la tourmente, visé par deux plaintes de patientes. Alors que d’autres dossiers, plusieurs dizaines, sont en cours de constitution. Et qu’une association, RESIST (Réseau d’entraide de soutien et d’information sur la stérilisation tubaire), s’est montée, animée par des femmes qui s’estiment victimes du laboratoire.

 

2Ce qu’elles reprochent à Bayer ? Des effets secondaires particulièrement douloureux, et même graves : ainsi, il y a 9 ans, la vie d’Isabelle, l’une des plaignantes, a brutalement changé : après la naissance de son troisième enfant, sa gynécologue lui parle d’un dispositif de stérilisation par implants Essure, elle accepte… « Je ne me doutais pas que je m’engageais dans une longue descente aux enfers : j’ai commencé, quelques mois après la pose, à faire des bronchites à répétition. Puis une fatigue chronique, importante. Et des démangeaisons », explique-t-elle. « Ensuite, il y a 5 ans, j’ai fait une sorte de malaise neurologique qui m’a privée de mes jambes, je ne pouvais plus marcher, j’ai du être hospitalisée ». Aujourd’hui encore, Isabelle ne peut se déplacer qu’avec l’aide d’une béquille.

 

1L’implant Essure, c’est en fait une sorte de petit ressort disposé dans la trompe de l’utérus, de manière à empêcher la fécondation. Mais manifestement, les effets secondaires peuvent se révéler gênants et même dangereux : des douleurs abdominales aiguës, un amaigrissement exagéré, des douleurs articulaires et musculaires, une fatigue chronique. Plus de 28 autres dossiers de plainte sont en cours de préparation, et il semblerait que près de 600 femmes aient signalé ces effets secondaires à l’Agence Nationale du Médicament. Vendredi 9 décembre 2016, alors que le scandale était révélé dans la presse par le quotidien Le Parisien, la Direction générale de la Santé a précisé que le produit était sous « surveillance renforcée » du ministère de la Santé depuis 2015… précisément l’année où, aux Etats-Unis, des milliers de plaintes étaient déposées par des utilisatrices de cette méthode de contraception, jusqu’à ce qu’en février 2016, les autorités sanitaires américaines demandent à Bayer de nouvelles études sur sa méthode de stérilisation.

 

9« Si nous sommes en colère aujourd’hui, c’est parce que nous estimons que nous n’avons pas été prévenues des risques », explique une responsable de l’association RESIST. « A l’heure où je vous parle, je suis sûre qu’il y a des dizaines de femmes à qui on est en train de poser un implant Essure sans leur avoir demandé si elles étaient allergiques au nickel, si elle était au courant que pendant l’opération il y avait un risque de perforation, de migration vers les organes avoisinants comme les intestins, le péritoine… on ne sait pas tout cela, on ne nous informe pas ».

 

6De son côté, le laboratoire Bayer a réagi par communiqué, en indiquant prendre très au sérieux les signalements des patientes, tout en réaffirmant que « la sécurité et l’efficacité de la méthode Essure ont été confirmées par plus d’une décennie de recherches scientifiques, ainsi que par l’expérience clinique de vraie vie, avec un large nombre de femmes inclues dans les études (plus de 10.000 femmes) depuis son développement ». Le laboratoire précise par ailleurs que les effets indésirables sont mentionnés dans la notice. De son côté, la direction générale de la santé ne met pas directement en cause le laboratoire, estimant que « les complications signalées relevaient de la pratique de pose et non du dispositif Essure lui-même ».

 

11La plupart des gynécologues ont une pratique aujourd’hui relativement ancienne de cet implant, qu’ils posent depuis une dizaine d’années, et la grande majorité des praticiens y voient surtout des avantages, avec un mode de contraception facile, permanent, généralement peu douloureux, avec une opération aisée, des « femmes qui arrivent au bloc sur leurs pieds et repartent sur leurs pieds », selon les mots de l’un d’entre eux… qui a cependant préféré rester anonyme.

 

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Maître Charles Joseph-Oudin

Ce contraceptif aurait été implanté à plus de 120 000 femmes en France, selon les sources officielles. Peut-être même 180 000, selon l’avocat des plaignantes, maître Charles Joseph-Oudin, désormais connu pour son rôle dans l’indemnisation des victimes du médiator et la reconnaissance de leur préjudice, mais aussi et surtout de la dangerosité du médicament. Au total, dans le monde, il serait porté par environ 750 000 femmes en âge de procréer. En attendant que les résultats des expertises demandées à l’Agence du Médicament soient connus, les plaignantes demandent que la commercialisation du produit soit suspendue.

 

 

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