Médicaments : l’ordre des pharmaciens alerte sur des ruptures de stock inquiétantes

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sans-titre7Certains médicaments sont en rupture de stock de plus en plus souvent, et de plus en plus longtemps. Certains, depuis des mois, voire des années, sans réassort. C’est le constat des pharmaciens, dont l’Ordre alerte aujourd’hui les autorités et les citoyens sur cette pénurie chronique qui concerne de plus en plus de produits. Selon l’organisme, depuis 10 ans, les ruptures d’approvisionnement sont devenues tellement fréquentes qu’elles constituent aujourd’hui une préoccupation de santé publique : rien que cette année (2016), plus de 200 000 médicaments ont été signalés comme étant concernés par le problème.

 

sans-titre6Il suffit d’aller sur le portail internet du site dédié aux déclarations des pharmaciens pour les problèmes de stock, DP-Ruptures. Au mois de novembre 2016 par exemple, le nombre de CIP, c’est-à-dire de médicaments d’officine, en rupture de stock depuis au moins 72 heures dans au moins 5% des pharmacies, était de 47 références pour les pathologies des voies digestives et du métabolisme… un problème signalé 25 411 fois en un an ! Mêmes statistiques, à peu de choses près, pour les produits soignant les pathologies cardiovasculaires et le système nerveux. Et, dans une moindre mesure, les médicaments pour les problèmes de peau et les produits anti-infectieux. Et si l’on observe les courbes, on s’aperçoit que les références en rupture sont en constante augmentation : un peu plus de 150 références au total en septembre 2015, 200 en décembre 2015, 300 en octobre 2016. Plus inquiétant encore : les durées moyennes de rupture d’approvisionnement… en un an, elles ont littéralement triplé : 40 jours en septembre 2015, 80 jours en juin 2015, et 110 jours en novembre 2016.

 

sans-titre1« Ces ruptures d’approvisionnement peuvent être imputables soit à un problème de stock, parce que le laboratoire se trouve dans l’impossibilité de fabriquer ou d’exploiter un produit médicamenteux, soit à un problème au niveau de la chaîne de distribution, c’est-à-dire que le médicament est disponible au niveau des stocks mais que l’officine ne parvient pas à être livrée dans les quantités ou les délais nécessaires », explique un membre de l’Ordre National des Pharmaciens. « Dans les deux cas, les conséquences pour le patient peuvent être graves, surtout que les statistiques démontrent bien que le problème ne concerne pas tant des médicaments secondaires que des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur… un patient qui ne peut pas prendre ces médicaments pendant 72 heures ou plus peut voir son pronostic vital engagé, ou dans le meilleur des cas, cela peut nuire à sa chance de vivre plus longtemps. C’est en cela que nous dénonçons un problème majeur de santé publique ».

 

sans-titre3A qui la faute ? La réponse se trouve peut-être, à mots couverts, dans le rapport annuel de l’ANSM, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament. Se penchant sur cette problématique des difficultés à s’approvisionner des officines, l’Agence évoque « des laboratoires qui produisent de plus en plus en flux tendu, dans le cadre de nouvelles stratégies industrielles de rationalisation des coûts de production ». Dès lors, le retard d’un prestataire logistique, d’un camion de livraison, ou une grève dans une usine (certaines molécules ne sont produites que sur un site unique de production au monde, essentiellement des usines chinoises ou indiennes aujourd’hui), et de nombreuses pharmacies se retrouvent dans l’impossibilité de délivrer à leurs clients des médicaments pourtant essentiels à leur survie, dans certains cas. Résultat : selon l’ANSM, les pénuries de médicaments se sont multipliées par 10, en France, depuis 2009.

 

sans-titre8Fatigué de devoir, une à plusieurs fois par jour, expliquer à un client qu’il ne peut pas lui délivrer son médicament, un pharmacien courageux, Issam Bouha, a adressé il y a un an une alerte sanitaire à l’ANSM, et une mise en demeure à certains fournisseurs et laboratoires. « Ce ne sont pas des médicaments pour des maux bénins », explique-t-il, « mais des hypertenseurs, des immunodépresseurs, des médicaments pour la maladie de Parkinson, ou des vaccins pour les enfants ». Selon lui, un rapport de l’Académie Nationale de Pharmacie indique explicitement que les ruptures de stock dues à des problèmes d’approvisionnement en matières premières ne concernent qu’un médicament sur 10, mais que pour les 9 autres, il s’agit de stratégies choisies, dites « du contingentement », c’est-à-dire une limitation volontaire des volumes destinée à permettre une augmentation significative des prix. Les pharmaciens français appellent donc à une réaction des pouvoirs publics, seuls à même d’interdire ou de limiter ce genre de pratiques.

 

 

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