Pénurie de vaccins et médicaments : parents, médecins et pharmaciens en appellent aux laboratoires

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17André, pharmacien dans les Hauts-de-Seine, reçoit des commandes chaque jour, pour réapprovisionner ses stocks au fur et à mesure : de grandes caisses vertes, dans lesquelles hélas, de plus en plus de produits manquent à l’appel. Et comme André, tous les pharmaciens de France font le même constat : « Nous avons des produits manquants depuis maintenant plusieurs mois, parfois un an, voire davantage. Exemple : les suppositoires antivomitifs pour enfants, ou des vaccins pour nourissons, et bien d’autres encore ». Le pharmacien nous montre une liste, remplie de noms de médicaments en face desquels le mot « manquant » est inscrit, surligné de jaune fluo. « Vous avez aussi des produits pour la diarrhée, pour parkinson, pour des douleurs neurologiques, etc etc… Pour moi là ça fait vraiment beaucoup, c’est trop, ce sont plusieurs laboratoires différents qui nous font subir de grosses ruptures, qui durent très longtemps dans le temps, et cela devient très difficile à gérer avec des patients qui ne savent plus quoi faire, qui ont besoin de leurs médicaments et qui ne comprennent pas que leur pharmacien ne soit pas en mesure de leur donner ce que les médecins ont prescrit. Parfois je vois des personnes âgées, qui ont du mal à se déplacer, et qui se mettent à pleurer de fatigue et d’énervement parce qu’elles en sont à leur troisième, quatrième, dixième refus dans des pharmacies successives, et elles ont fait des kilomètres et perdu plusieurs heures pour rien. C’est très difficile à vivre, pour les patients évidemment, mais pour les professionnels de santé aussi ».

 

15Pour ce pharmacien, les causes sont multiples, bien sûr : manque de matières premières ou problèmes de fabrication au sein des laboratoires, par exemple. Des aléas qui peuvent se produire occasionnellement. « Mais là, cela dure trop longtemps, et pour moi, je redoute que ce soit tout simplement un problème de contingentement : une pratique plus rentable pour les labos et les grossistes, qui organisent eux-mêmes la pénurie, pour mieux vendre les produits à l’étranger. Il faut savoir que certains médicaments sont vendus plus chers à l’étranger par rapport à la France, qui est un pays où les médicaments ne sont pas trop chers, et le contingentement permet aux laboratoires pharmaceutiques français de vendre mieux, en quantité et au niveau du prix, à l’étranger. Ce qui signifie qu’ils font clairement le choix d’appauvrir le marché destiné aux Français. Alors quand cela concerne des vaccins essentiellement destinés aux bébés et aux petits enfants, ou des médicaments pour parkinson, destinés aux personnes plus âgées donc fragiles également, cela me scandalise ».

 

9Chez les médecins aussi, la rupture de stock des vaccins pose un problème de plus en plus préoccupant, car ce sont tous les plannings de vaccinations qui sont désorganisés. Même si pour l’heure, les autorités sanitaires se veulent rassurantes, et minimisent les éventuelles conséquences : « Evidemment, cela peut paraître fou qu’il y ait de telles ruptures en France », sourit Patrick Maison, de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament. « Mais il faut relativiser la situation, car nous sommes dans un pays très en pointe en terme d’arsenal thérapeutique, ce dernier est extrêmement large, du coup il y a toujours moyen de trouver une solution pour chaque patient. Mais c’est vrai que si le phénomène n’est pas nouveau, il s’est clairement aggravé ces derniers mois ». En attendant, certains pédiatres, comme le docteur Jacques M., qui exerce dans la périphérie lilloise, sont clairement remontés contre les labos : « Aujourd’hui et de plus en plus, nous sommes confrontés à la colère des parents, car nous devons nous conformer à l’obligation de vacciner les enfants contre la diphtérie, le tétanos et la polio. Problème : le DTP seul n’est plus fabriqué depuis 2008, et les autres vaccins avec seulement ces trois souches combinées, sont en rupture de stock depuis des mois et des mois. Nous sommes donc obligés de leur proposer en substitution un vaccin qui contient aussi trois autres souches non obligatoires, dont l’hépatite B. Et ce vaccin hexavalent est refusé par de plus en plus de parents, pour leurs petits bébés »

 

11Certains experts, dénoncent même une volonté des laboratoires de provoquer des ventes forcées du vaccin contre l’hépatite B, pourtant non obligatoire dans le calendrier vaccinal : « pour la sécurité sociale cela coûte beaucoup plus cher, puisqu’on passe de 6.50 euros le vaccin DTP ou assimilé, à plus de 40 euros pour le vaccin hexavalent. Donc à qui profite le crime ? Aux laboratoires pharmaceutiques ! », s’agace Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecologie Les Verts. « Et l’Etat est complice car il n’exige pas des labos de fabriquer un DTP ». En attendant, avec ce problème d’approvisionnement et la défiance croissante vis-à-vis des vaccins, la couverture vaccinale risque de baisser, notamment pour la coqueluche. Et  cela inquiète les pédiatres : « La coqueluche chez un petit nourrisson est une maladie grave », prévient ainsi le docteur Jérôme V. « C’est d’ailleurs pour cela qu’on les vaccine dès deux mois, pour pouvoir les protéger à l’âge où précisément, la maladie est grave ». Les laboratoires pharmaceutiques, eux, invoquent des délais de fabrication de plusieurs mois de ces vaccins, parce qu’ils sont de plus en plus prescrits par les médecins, y compris pour les adultes. « Il y a clairement une demande mondiale plus importante, et une estimation faite initialement de la demande très en dessous de la demande réelle et effective, ce qui fait que les laboratoires n’arrivent pas à suivre », analyse Patrick Maison, de l’ANSM. L’Agence du Médicament prévoit d’ailleurs un réapprovisionnement des vaccins à quatre et cinq souches, sans l’hépatite B, d’ici à la fin de l’année.

 

 

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