Conditions de travail à l’hôpital : appel à la grève après une vague de suicides

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7Cela ne va pas fort dans les hôpitaux publics : plusieurs syndicats (le SYNGOF, syndicat des gynécologues, et le SNPHAR-E, le syndicat des anesthésistes réanimateurs, le SNBH, le syndicat des biologistes hospitaliers ou encore le SPHP, le Syndicat des Praticiens des Hôpitaux Publics, le SPH, le syndicat des psychiatres des hôpitaux, ou encore le syndicat Avenir Hospitalier) ont appelé l’ensemble des intersyndicales de la santé à s’unir, lors d’un mouvement de grève qui débutera le 26 septembre 2016. Objectif : dénoncer leurs conditions de travail qui se dégradent et la hausse inquiétante du burn-out à l’hôpital.

 

3Un appel à manifester une colère et surtout un désarroi qui vont en s’aggravant dans les hôpitaux publics de France. Il y a quelques jours, une lettre ouverte a aussi été adressée au Président de la République par la coordination nationale infirmière, qui appelle de son côté à un rassemblement national le mercredi 14 septembre 2016, après le suicide de plusieurs infirmières cet été : le 7 septembre 2016, on a ainsi appris qu’une infirmière du groupe hospitalier du Havre, en Seine-Maritime, avait mis fin à ses jours fin juin 2016. Son époux a rendu publique la lettre dans laquelle elle expliquait son geste, et l’a lue devant le personnel hospitalier. Sa femme met clairement en cause ses conditions de travail : elle y dénonce notamment les pressions de sa hiérarchie, et sa politique de suppression de postes et de recours à une polyvalence forcée des personnels. Ainsi, elle explique dans son dernier message que la direction du groupement hospitalier voulait l’obliger à quitter son service, en néo-natalité, pour la placer au service de réanimation pédiatrique. Elle explique encore avoir fait part de son désarroi et de ses réticences à un cadre hospitalier qui ne l’aurait pas entendue. La direction de l’hôpital a simplement publié un communiqué de soutien aux familles.

 

14D’autres infirmières ont également choisi d’en finir avec la vie ces derniers mois, à Toulouse le 13 juin 2016, à Saint-Calais le 30 juin et à Reims où ce sont deux infirmières âgées de 51 et de 46 ans qui se sont donné la mort, respectivement le 23 juillet et le 13 août 2016. « Vous, Président de la République, vous ne pouvez pas ignorer les multiples conséquences des multiples restructurations hospitalières organisées pour répondre aux injonctions des restrictions budgétaires successives », écrit ainsi la CNI dans sa lettre ouverte adressée à l’Elysée. Ces restructurations, cette pression permanente, ces contraintes purement financières qui leur semblent imposées au détriment de la qualité des soins et de leur vocation à soigner les patients, les syndicats la dénoncent depuis longtemps déjà. « La mort d’Emmanuelle a représenté pour nous un choc et une douleur tellement intenses que nous ne pouvions pas rester sans rien faire », explique une collègue d’Emmanuelle L., l’infirmière du Havre qui a décidé de mettre fin à ses jours. « D’autant plus que les raisons pour lesquelles elle s’est suicidée, ce sont des raisons professionnelles de dysfonctionnements dans l’organisation des services à l’hôpital et de dégradations des conditions de travail, ainsi qu’une pression psychologique permanente sur lesquelles nous avions déjà lancé l’alerte ».

 

6Les syndicats, ont aussi lancé une campagne d’affichage choc : des photographies d’infirmières muselées derrière leur masque de travail ou des pansements, et des slogans qui marquent : « Tais toi et bosse ! » ou encore un poignet menotté avec un téléphone au bout de la chaîne, pour protester contre les rappels permanents des personnels hospitaliers à leur domicile lorsqu’ils sont en congé ou en repos, pour pallier au manque criant d’effectifs. Ils ont également initié une commission d’enquête paritaire auprès de tous les agents des services, une enquête anonyme qui doit se poursuivre jusque fin septembre 2016 et qui interroge sur différents thèmes : l’activité, les ressources, l’éthique et la violence au travail. Près de la moitié des salariés ont déjà répondu, avec l’espoir d’être entendus par les Agences Régionales de Santé et le Ministère de la Santé. Marisol Touraine, la ministre, a d’ailleurs réagi il y a quatre jours, jugeant « le fait que des professionnels de santé puisse porter atteinte à leur vie comme étant extrêmement préoccupant ». Elle a réaffirmé que pour elle la culture du bien-être au travail était fondamentale, surtout quand elle concerne des hommes et des femmes dont le métier est de sauver des vies… Et a demandé que de nouvelles mesures soient rapidement étudiées pour prévenir les risques psycho-sociaux, tout en rappelant qu’un plan de prévention dans ce domaine était mis en œuvre à l’hôpital depuis 2012.

 

9Un plan qui ne suffit manifestement pas puisque tous les professionnels de santé tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme. De leur côté, les syndicats de médecins et des autres professions hospitalières qui appellent à la grève le 26 septembre 2016, enfoncent le clou : ils réclament au gouvernement des mesures d’urgence sur les conditions de travail à l’hôpital public : « les difficultés croissantes dans de nombreux secteurs ne sont pas entendues », expliquent-ils. « Cela engendre un cercle vicieux car ce mal être et ces vagues de suicides provoquent une crise des vocations, qui entraîne l’aggravation de la pénurie des personnels, et donc la dégradation de leurs conditions de travail, l’explosion du nombre de dépressions professionnelles, donc une dégradation de l’image de nos métiers, et ainsi de suite ».

 

 

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