Négociations avec l’Assurance Maladie : les médecins sont-ils trop gourmands ?


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11Ce jeudi 21 juillet 2016 au soir, tout aurait du être réglé, et la prochaine convention quinquennale bouclée. Mais après trois journées d’âpres discussions, les syndicats de médecins ne sont pas parvenus à trouver un accord avec l’Assurance Maladie. Il leur faudra revenir encore à la table des négociations durant l’été, et ce qui devait être la dernière ligne droite ne sera donc qu’une nouvelle étape dans le protocole d’accord… les praticiens de France devront attendre quelques semaines de plus avant d’être fixés.

 

9L’un des principaux points d’achoppement : les modalités de la hausse du tarif de la consultation généraliste, qui passerait de 23 à 25 euros. La Caisse Primaire d’Assurance Maladie est d’accord sur le principe, mais elle souhaite que cela se fasse très progressivement d’ici à 2018, avec une première augmentation de la consultation de un euro en avril 2017, et une deuxième augmentation de 1 euro en décembre 2017. Les syndicats de Médecins Généralistes, eux, refusent cet étalement dans la mise en œuvre de la revalorisation du prix de leur prestation, et souhaitent une augmentation en une seule fois, pour deux euros, et immédiate dès la signature de l’accord. De son côté, l’Assurance Maladie estime avoir fait suffisamment d’efforts pour satisfaire les demandes des praticiens, et met en avant le fait qu’elle a débloqué une enveloppe conséquente de près d’un milliard et demi d’euros par année, pour accéder aux revalorisations demandées.

 

10« Si vous prenez nos dernières propositions et celles que nous avions envoyées aux médecins il y a une semaine, on est encore en hausse de 250 millions d’euros sur le budget, pour une enveloppe globale de 830 millions d’euros, ce qui est tout de même conséquent. Il y a un moment où il va falloir que ça s’arrête », analyse un cadre de l’Assurance Maladie, sur le mode de la confidence, au téléphone. « Mais MG France, le premier syndicat des médecins généralistes, reste arc-bouté sur ses positions ». Un discours agacé et anonyme qui tranche avec la position officielle de l’organisme de santé, dont le directeur général, Nicolas Revel, affiche ostensiblement la volonté de dialogue et de compromis qu’il s’est fixée comme ligne directrice. « Je suis ouvert et disponible, et prêt à entendre toutes les propositions ou éléments qui permettraient d’aboutir à une signature dans le cadre de l’enveloppe budgétaire que nous avons posée sur la table », explique-t-il aux journalistes qui lui posent la question. Claude Leicher, président de MG France, n’y va pas par quatre chemins : « si la revalorisation est décrétée progressive et en deux fois, il n’y aura pas de convention. Nous ne signerons pas ».

 

3Pour résumer, ça coince sévèrement aux entournures, et rien ne permet de dire que l’accord sera signé d’ici la date butoir des négociations, fixée au 26 août 2016 (passé cette date, c’est une personnalité indépendante qui sera chargée d’un arbitrage). Car les médecins généralistes ne sont pas les seuls à grogner : les spécialistes se sentent négligés, estimant que près des deux tiers de l’enveloppe globale vont être destinés à la revalorisation de la consultation à 25 euros pour les médecins généralistes. La proposition de l’Assurance Maladie, pour les médecins exerçant une spécialité, est la suivante : mise en place de consultations dites « complexes », selon le temps qu’elles demandent et leur niveau de difficulté (par exemple, des actes de chirurgie en cabinet ou d’obstétrique, ou la prise en charge de patient lourdement handicapés). Désormais hiérarchisées en fonction de leur degré de complexité selon 4 niveaux différents, ces consultations passeraient au tarif de 48 euros. L’ensemble de ces propositions, indique l’organisme, atteignent un total de presque 86 millions d’euros. « Insuffisant », a estimé le Bloc, le syndicat des chirurgiens, tout comme la CSMF, le principal syndicat des médecins spécialisés, qui ont décidé de boycotter certaines négociations, s’estimant « lésés » par le résultat des 5 mois de discussions qui ont débuté en février 2016. « Même si l’Assurance Maladie met de l’argent sur la table, cette convention n’est pas structurante et ne répond pas aux aspirations de nos adhérents, elle a dix ans de retard, et les avancées ne doivent pas faire oublier que la plupart des propositions sont des sparadraps sur un système qui menace de s’écrouler », estime la CSMF. Surtout, les médecins spécialistes regrettent l’absence de propositions concrètes concernant des spécialités en voie de disparition, faute de médecins, comme la pédiatrie ou l’endocrinologie.

 

Généralistes comme spécialistes regrettent enfin, de concert, le budget alloué par la caisse d’Assurance Maladie à ce que l’on appelle le « forfait structure », qui permet aux médecins de financer l’équipement de leurs cabinets, les travaux pour l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite par exemple, ou encore le mobilier et les frais de secrétariat, d’archivage etc… « Le forfait qu’on nous propose est ridicule, il ne permet pas de travailler dans des conditions acceptables, et encore moins d’embaucher du personnel pour nous soulager des tâches administratives de plus en plus lourdes », estime Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France (FMF). « Le forfait structure, c’est au minimum 50 000 euros par an. Et encore : on n’a pas les mêmes charges selon qu’on est seul ou associé, dans un cabinet isolé ou dans une maison des médecins, que l’on habite à Paris ou dans une petite ville de province, etc. ».

 

7Ce mercredi 27 juillet 2016, une nouvelle concertation est prévue, celle « de la dernière chance » estiment les syndicats, alors qu’un peu partout les médecins commencent à exprimer un certain ras-le-bol d’une telle situation de blocage. « Car au petit jeu du ‘tu me donnes une main, je te demande un bras’, ils ont tous à y perdre : si le 26 août il n’y a pas eu d’accord, c’est Bertrand Fragonard, le président du Haut Conseil à la Famille, qui sera l’arbitre des nouvelles relations entre l’Assurance Maladie et les médecins Libéraux. Et lui, sa priorité, c’est uniquement que les patients puissent continuer à être remboursés. Autant vous dire que  ce type de scénario n’arrangerait aucun médecin, ni généraliste ni spécialiste », confie encore notre cadre de l’Assurance Maladie en mal de confidences, en chuchotant dans le téléphone.

 

 

Une réflexion au sujet de « Négociations avec l’Assurance Maladie : les médecins sont-ils trop gourmands ? »

  1. Kylian

    Le tiers payant généralisé est une bonne chose à la fois pour les médecins et les patients. Nous n’avançons plus les frais, et les médecins sont sur d’être payés.

    Répondre

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