L’exemple du Népal : focus sur le métier d’équipier secouriste spécialisé

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secouristes« Armel », « Cédric », « Thomas », « Vincent », « Annabelle », « Christian » : ils donnent leur prénom et leur nationalité aux journalistes venus les interroger. Ils ont déjà contribué à sauver des vies dans plusieurs pays. Ils ont déjà vu tellement de choses… Ce n’est pas la première fois qu’Armel vient au Népal : « Je suis déjà venu en septembre 2012, il y avait eu une grave avalanche », se souvient-il. « Mais ce que je vois aujourd’hui, cela dépasse toutes les horreurs auxquelles j’ai pu assister par le passé ». Leur métier ? Equipier secouriste, ou pompiers de l’urgence internationale, membres d’un GIS (Groupement d’Intervention Spéciale), du Groupe de Secours Catastrophe Français, ou de Secouristes sans Frontières. Ils sont professionnels ou volontaires. Tous, sont spécialisés dans les catastrophes naturelles. En ce début du mois de mai 2015, ils ont été les premiers à accourir à Katmandou, la capitale népalaise, après l’un des séismes les plus violents de l’histoire de ce pays pourtant souvent meurtri par les tremblements de la terre : 7.5 sur l’échelle de Richter. Les secousses n’ont duré que quelques secondes, mais les dégâts sont considérables. Et l’on n’en finit plus de compter les morts. « C’est une ville à la fois très fragile architecturalement et très densément peuplée, alors forcément, les dégâts matériels, donc humains, ont été immenses », explique Cédric. « Le nombre de victimes bloquées dans les décombres est incalculable, quand ce genre de catastrophe se produit dans une ville comme celle-là ».

 

victime« C’est très difficile, surtout les premières heures, quand l’organisation des secours du pays touché, avec l’organisation des secours internationaux, doit se mettre au point. L’armée locale, doit accepter l’aide des civils étrangers, ça n’est pas toujours gagné. Cela prend du temps, alors qu’il faut agir vite. Mais on ne peut pas se permettre d’agir de manière désordonnée, les conséquences pourraient être trop graves pour les victimes ensevelies sous les décombres. Alors on prend son mal en patience, le temps que les coordinateurs se mettent d’accord sur la marche à suivre », analyse Armel. « Il faut aimer travailler en équipe et disposer de solides aptitudes physiques et psychiques, en particulier une grande capacité à supporter le stress et à porter des charges lourdes », ajoute Thomas. « C’est psychologiquement intense. Il faut progresser pas à pas, pour fouiller les décombres. Mais trop souvent, on ne peut sortir que des corps sans vie. Un millier de corps, dès le premier jour qui a suivi la catastrophe, à Katmandou. Nous avons également aidé à la mise en place d’hôpitaux de fortune, à ciel ouvert, partout dans la ville. J’avais très peur des répliques. Que ça recommence. De passer du côté des victimes, cette fois, de ne plus revoir les miens ».

 

survivantsLa mort, partout, fait partie du métier. Les catastrophes naturelles frappent tout le monde, les femmes, les vieux, les enfants. « La douleur est immense, les gens sont affolés, ils se réfugient tous en groupes, dans la rue, c’est aussi l’une des facettes du métier qu’il faut savoir gérer. Katmandou est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, les touristes sont très nombreux, les Français en particulier. Quand ils entendent qu’on parle leur langue, qu’on vient de France, ils se précipitent sur nous, s’accrochent à nous, on est leur bouée, ils pensent qu’on va tout régler, tout arranger, qu’on a l’habitude, qu’on sait exactement quoi faire pour les aider, contacter leur famille, récupérer leurs affaires, les rassurer… », raconte Annabelle, émue, malgré ses dix années d’expérience comme équipière secouriste catastrophe. « Il faut être partout, alors on se répartit les tâches, et on fait des roulements : au relevage et au brancardage, à la prise en charge des victimes en zone de tri, c’est-à-dire l’endroit ou les médecins orientent les blessés en fonction de la gravité de leurs blessures, à la prise en charge des victimes en zone de soins, à l’évacuations vers des structures arrières, les centres de soin provisoires ou les hôpitaux ».

 

catastropheIl faut aussi savoir vivre dans des villes dévastées, dans des conditions d’hygiène précaire, avec un confort nul, et des risques sanitaires élevés. « La nuit, on n’a pas d’abri sûr, on dort dehors, avec les milliers de victimes, c’est extrêmement éprouvant », explique Christian. Lui, comme les autres, a suivi une spécialisation en recherche des victimes. « J’ai décollé le soir même, le 25 avril dernier. L’avantage d’une petite équipe comme nous, c’est qu’on est très mobiles, autonomes, on ne vient pas se rajouter aux personnes que le pays victime doit prendre en charge. Notre matériel est prêt, conditionné dans des caisses particulières à ce type de mission, qui nous permettent de nous déplacer très rapidement. Nous emmenons des équipements pharmaceutiques de premier secours, mais aussi du matériel de pointe : des scies, par exemple, des pinces hydrauliques pour couper les poutres d’acier, ou un système de mini caméras, à peine plus grosses que celles d’un chirurgien par exemple, que l’on va enfoui dans les décombres et qui vont nous aider à mener notre investigation, pour éventuellement retrouver des victimes, sous des dalles ou des charpentes très lourdes. Nous avons aussi emmené deux chiens, entraînés à prioriser l’action sur les endroits où ce que l’on appelle les zones de survie, les zones où les gens ont le plus de chances d’être encore vivants, s’ils ont été ensevelis à ces endroits là. Par exemple, si le bâtiment est complètement effondré, qu’on n’a plus qu’un tas de débris, on sait que s’il y a des victimes en dessous, on a peu de chances de les retrouver vivantes ».

 

sauvetageLorsque des corps sont découverts, sans vie, c’est souvent sous les yeux de leurs familles. Des pleurs, sans fin. « On a sorti les corps de quatre membres d’une même famille. Il n’y avait qu’un seul survivant. C’était terrible », confie Cédric. Et lorsqu’enfin, des victimes peuvent être dégagées vivantes, sauvées, l’émotion est intense, là encore, même si c’est du soulagement, et il faut la canaliser. « Quand on retrouve des survivants, souvent, ils ont été livrés à eux-mêmes pendant plusieurs heures et même plusieurs jours. Ils sont blessés, il y a beaucoup de sang. Ils sont souillés, hébétés. On doit leur annoncer, souvent, qu’il va sûrement falloir les amputer d’un ou plusieurs membres, qui ont été comprimés par les gravas. On a retrouvé un garçon vivant sous un immeuble écroulé, il avait 8 ou  9 ans. Un miracle. Ce sont des moments de grâce qui nous font tenir ». Les 72 premières heures sont cruciales, les équipes ne doivent jamais relâcher leurs efforts, pour extraire le plus grand nombre de victimes vivantes, mais ensevelies sous les décombres. « Après ce délai, cela relève davantage du miracle, mais cela peut arriver, alors il faut continuer. 24 heures sur 24, pendant des jours, jusqu’à une semaine d’affilée. Mais quelle victoire quand on retrouve une personne qui respire encore, ou même parfois, qui est restée consciente ! ». « C’était un moment complètement fou quand les secouristes du Groupe de Secours Catastrophe Français ont aperçu cette main, seule à dépasser de terre, qui appelait au secours frénétiquement en agitant ses doigts », se souvient Thomas. « C’était le 29 avril 2015, je m’en rappellerai toute ma vie. Ils ont trouvé un survivant sous trois étages de planchers effondrés, il leur a fallu 8 heures pour le dégager, d’abord la tête, puis le corps. C’était un homme jeune, il priait Dieu, il psalmodiait, rendait grâce et remerciait en même temps les secouristes français qui l’ont sauvé, au bout de 82 heures, plus de trois jours et trois nuits après le tremblement de terre ! Il avait perdu tout espoir… et à la fin, quelqu’un lui a enfin répondu !». D’autres jeunes enfants, dont un bébé, mais aussi un centenaire, ont pu être ainsi sauvés, après plusieurs jours d’attente.

 

decombresEt puis il y a le ravitaillement des survivants isolés, à organiser, aider les populations à la rue, hagardes, qui ont tout perdu, à survivre. Apporter des vivres, débarquées des hélicoptères, transférer les blessés les plus graves vers les hôpitaux, consoler ceux qui ont perdu des proches, ou qui ne les retrouvent pas. « Il y a la catastrophe, en soi, et puis il y a la survie, après, à organiser », rappelle Annabelle. Il y a des villages autour de Katmandou qui ont été entièrement détruits, dans les montagnes. Il fallait aller chercher les rescapés, les hélitreuiller vers les hôpitaux. Dans les vallées les plus reculées, des villageois étaient aussi pris au piège, ils ont attendus les secours longtemps, bloqués. Dans les camps de fortune, les rescapés se massent autour des camions citernes, prêts à attendre des heures pour un peu d’eau potable. « Les gens souffrent, il faut beaucoup d’eau saine pour éviter les problèmes de santé, c’est si simple, un peu d’eau, mais si compliqué en même temps, dans les conditions d’une telle catastrophe ! ». Certaines localités, au nord-ouest de Katmandou, à l’épicentre du séisme, ont été isolées pendant près de 4 jours. « Dans certains districts, un coordinateur des Nations Unies qui s’est rendu sur place nous a expliqué que les villages sont détruits à 40%, bien plus encore que dans la capitale. Les populations sont affamées, elles n’ont plus rien, même pas d’eau, les morts sont encore par terre, les épidémies guettent, c’est très difficile, même pour nous, d’aller les aider, il n’y a que l’armée qui a les hélicoptères permettant d’atteindre ces zones très reculées ou en altitude, les pistes ne sont pas carrossables, ou coupées par des glissements de terrain », déplore Armel. « Dans la vallée, le Programme Alimentaire Mondial a quand même réussi à installer une base logistique très particulière, où les médicaments et les vivres ont été conditionnés en petites quantités, pour pouvoir être chargés dans des hélicoptères légers, seul moyen de livrer un peu de riz et de matériel de premier secours, dans les villages en altitude. On peut ramener les blessés deux par deux, pas plus. Surtout quand la pluie s’en mêle, le plafond devient trop bas pour que les hélicoptères puissent voler ».

 

gravasA ce rythme, il faudra encore des jours et des jours pour secourir tous les sinistrés, et établir le vrai bilan humain du séisme. A ce jour, seuls des corps sans vie seront encore découverts. « Les survivants, s’il y en avait encore sous les décombres, n’ont pas pu lutter si longtemps, c’est impossible », estime Christian. « Notre responsabilité maintenant, c’est de continuer à aider tous les rescapés à organiser leur survie. Et surtout, faire en sorte que la crémation des morts puisse être faite au fur et à mesure, afin d’éviter la prolifération des maladies. Ensuite, nous rentrerons en France. »

 

 

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