Pharmacien : un métier qui ne connaît (presque pas) la crise


Temps de lecture : 6 minutes

santeLes économies budgétaires réclamées à la Sécurité Sociale, mais aussi les campagnes d’information sur le bon et le mauvais usage des médicaments (antibiotiques etc…), et puis encore, les scandales sanitaires liés aux effets secondaires de certains vaccins ou traitements, mais également la prime aux médecins qui prescrivent au plus juste… : tout cela fait que, bon an mal an, les Français consomment de moins en moins de médicaments. Selon une enquête de l’Institut CSA auprès de 500 familles, nous achetons aujourd’hui 20% de médicaments de moins qu’il y a deux ans !

 

medicamentsParallèlement, pour réaliser de substantielles économies sur des dépenses de santé, l’Etat français a progressivement « déremboursé » un certain nombre de médicaments, ce qui a mécaniquement fait chuter les ventes. Enfin, le matraquage médiatiques pour inciter patients et médecins à se tourner prioritairement vers les génériques plutôt que vers les médicaments de marque, et le durcissement de la réglementation pour les officines qui ne délivrent pas automatiquement le maximum de génériques… cela aussi a fait chuter le chiffre d’affaires des pharmaciens. D’abord, parce que les génériques sont moins chers. Ensuite, parce qu’ils suscitent davantage de méfiance chez les Français, en particulier chez les plus âgés qui sont aussi… les plus gros consommateurs de médicaments !

 

Bref. On pourrait se dire qu’avec tout ça, le métier de pharmacien est en perte de vitesse. En réalité, pas du tout : c’est l’une des rares professions en France qui, malgré quelques difficultés passagères, ne connaît pas la crise. D’abord, parce que même si nous réduisons progressivement l’écart avec nos voisins européens, nous restons les champions toutes catégories de la consommation de médicaments en Europe. Ensuite, parce qu’avec l’urbanisation galopante autour de toutes les grandes villes de France, le besoin en pharmaciens est en augmentation constante… Alors que dans le même temps, on observe une baisse importante des effectifs, de très nombreux pharmaciens partant à la retraite avec le “papy boom”. Enfin, il y a des places à prendre dans une grande variété de domaines pharmaceutiques.

 

medocsÀ commencer par la pharmacie hospitalière : le pharmacien hospitalier sera d’autant plus courtisé qu’il sera polyvalent, les CHR et les cliniques pâtissant d’une pénurie constante de personnels dans ce domaine. Le rôle du pharmacien hospitalier, cela va être de fournir son établissement en médicaments, dispositifs médicaux et fabrication de produits (chimiothérapies, nutrition, préparations médicamenteuses…) en tenant compte, d’une part des indications thérapeutiques du personnel soignant, d’autre part des contraintes budgétaires qui lui seront imposées par la direction administrative de l’hôpital. Politique d’achats, pharmaco-économie, gestion des stocks, connaissance de l’arsenal thérapeutique existant… : « à l’hôpital, j’ai le sentiment d’être un maillon important dans la chaîne de soins et la prise en charge de la douleur », explique Amaury, 37 ans, pharmacien pour un très grand centre hospitalier régional. « C’est toujours un challenge que de gérer les stocks avec vigilance pour pouvoir répondre à la demande au plus vite, en urgence. Ou de pouvoir prodiguer aux patients les antidouleurs qui vont leur correspondre au mieux. Parce qu’à l’Hôpital, tout le monde souffre, mais personne ne souffre de la même manière ni avec la même intensité ».

 

generiquesPour cela, le pharmacien hospitalier va travailler en étroite collaboration avec les équipes de soin, pour déterminer avec les médecins la solution la plus adaptée au patient. « Nous sommes de plus en plus amenés à travailler sur tous les sujets qui nécessitent une compétence pharmaceutique ! Il s’agit d’un véritable travail d’équipe, très enrichissant, d’autant plus que la pharmacie clinique est en plein essor ! », s’exclame Anabelle qui, elle, travaille dans un tout petit établissement hospitalier dans le centre de la France. “Je ne m’épanouis jamais autant que lorsque je concocte mes spécialités pharmaceutiques, mes préparations magistrales, les implants et les prothèses dont je sais qu’ils vont révolutionner la vie d’un patient… J’aime m’appliquer pour préparer les poches de chimio ou de nutrition, ou encore discuter des posologies avec les soignants, des adaptations éventuelles à imaginer en cas d’insuffisance rénale ou hépatique, adapter les doses à la pédiatrie, et essayer de limiter au maximum les effets secondaires de mes préparations… C’est aussi une vraie logistique ! Il faut savoir gérer les achats de la pharmacie, valider les ordonnances informatisées, superviser la stérilisation des dispositifs médicaux (instruments de chirurgie et textiles réutilisables), manager une équipe, assurer la qualité de la formation avec les fournisseurs…”

 

pharmaciensEn dehors des hôpitaux, la grande majorité (75%) des pharmaciens en France travaillent en magasin. À la fois professionnel de santé et commerçant, le pharmacien est alors à la charnière entre le monde de l’industrie et le serment d’Hippocrate.  Dans son officine, il va délivrer les médicaments prescrits par le médecin, mais aussi expliquer le traitement : sa responsabilité est engagée en cas d’erreur… D’où l’importance de parfaitement maîtriser la composition des médicaments, vérifier la traçabilité et la cohérence des prescriptions (posologie, interactions médicamenteuses etc…) mais aussi d’écouter et d’orienter les clients au mieux vers les médicaments délivrés sans ordonnance (parapharmacie, appareillage, etc.) Dans ce cas de figure, le pharmacien devra être capable d’orienter la personne qui lui demande conseil vers un médecin adéquat si nécessaire.

 

« Dans ce métier, il faut vraiment aimer les gens« , explique Francois, pharmacien en officine à Paris. « Chaque client est un cas particulier. Parfois, faire comprendre une ordonnance et un traitement demande un vrai traitement de pédagogie, et beaucoup de patience… La délivrance des prescriptions et le conseil représentent chacun 50% de mon travail. Les clients les plus bavards exigent des qualités d’écoute et de psychologie. Mais on a de bons contacts, certains clients peuvent devenir des amis… Le pharmacien est aussi un lien social« .

 

pharmaciesEt puis, moins connus, il y a les pharmaciens de laboratoires. Ils travaillent soit dans des laboratoires d’analyse médicale, en ville, soit pour l’industrie pharmaceutique. Ce pharmacien là sera impliqué dans tous les domaines de la production de médicaments, les processus qualité, marketing, développement etc… Toutes les étapes de la vie du médicament, de sa conception à sa fabrication en passant par sa distribution et enfin, sa dispense au patient, sont sous la responsabilité du pharmacien de laboratoire. Il exerce ses compétences dans tous les domaines de l’industrie pharmaceutique, mais peut aussi travailler pour l’industrie cosmétique, l’agroalimentaire, l’environnement…

 

En dernier lieu, il existe aussi en France le métier de « pharmacien conseil » : c’est celui qui sera enseignant chercheur en université ou en fac de médecine. Il pourra aussi être conseiller auprès des assurés et des personnels de santé, notamment sur la réglementation médico sociale. Sur concours, il peut aussi devenir Inspecteur de Santé Publique auprès du Ministère, des agences sanitaires et sociales, etc…

 

pharmacieEn France, plus de 70 000 pharmaciens sont en exercice, et les deux tiers sont des femmes. Pour s’orienter vers une carrière de pharmacien, un bac scientifique s’impose avant la première année commune aux études de santé, puis un cursus de pharmacie qui durera six ans pour ceux qui s’orientent vers l’officine et l’industrie, et jusqu’à douze ans pour ceux qui souhaitent se spécialiser. Une fois sa thèse soutenue, le Docteur en Pharmacie est inscrit à l’Ordre National des Pharmaciens, qui surveille sa déontologie et contrôle chaque année l’actualisation de ses connaissances dans le cadre du développement professionnel continu. En début de carrière, un pharmacien assistant gagnera 2540€ bruts par mois environ, mais ensuite le salaire évolue très vite, surtout à partir du moment où le pharmacien devient propriétaire de son officine.

 

Pour les années à venir, les pharmaciens devraient être de plus en plus sollicités en France : « la feuille de route du gouvernement pour la stratégie nationale de santé indique la priorité à la prévention« , indique ainsi le Professeur Claude Dreux, membre des Académies de Médecine et de Pharmacie et président du CESPHARM (Comité d’Education Sanitaire et Sociale de la Pharmacie). « Or, dans le domaine de la prévention, les pharmaciens sont en première ligne auprès du public. C’est une chance à saisir ». 

 

 

3 réflexions au sujet de « Pharmacien : un métier qui ne connaît (presque pas) la crise »

  1. Jean Claude

    Cet article est un parfait exemple de médiocrité journalistique. Son titre n’est justifié par aucun chiffres et il est d’ailleurs inexact de croire que les pharmaciens ne connaissent pas la crise. On peut relever certaines imprécisions sur le métier de pharmacien « de laboratoire », terme qui semble regrouper aux yeux de l’auteur le métier de pharmaciens d’industrie et pharmacien biologiste, deux métiers qui n’ont rien à voir. Par ailleurs, le métier de pharmacien hospitalier connait au contraire, une grave crise démographique avec une surformation et pléthore de candidats…
    Il y aurait beaucoup plus à redire sur le sujet mais ayez au moins la rigueur de faire relire vos « articles » à des personnes compétentes pour éviter ce genre de papier approximatif et désinformant.
    Un pharmacien surpris.

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  2. Savignac

    Cher Monsieur,

    Je ne me permettrai pas de juger de votre qualité en tant que pharmacien, et je me passerai de votre jugement quant à mes capacités journalistiques. Sachez que je couvre le domaine de la santé depuis plus de dix ans aujourd’hui et que je n’ai pas attendu votre analyse pour vérifier mes sources et disposer des contacts légitimes dans le milieu de la pharmacie, qui me permettent d’être richement renseignée avant d’écrire. Vous me demandez des chiffres, les voici. Vous lirez ci-dessous que je n’ai rien inventé et que, bien que basée sur du vécu, il semblerait que votre lecture de la situation soit plus que subjective. Bien cordialement, Suzanne Savignac.

    Données statistiques fournies par les cabinets d’Experts Comptables spécialisés en pharmacie :

    « Le chiffre d’affaires moyen s’établit à 1 683 684 euros en 2012 contre 1 677 579 euros en 2011. L’évolution du chiffre d’affaires moyen s’établit pour 2012 à + 0,36%. »

    « En 2012, les prestations de services ont augmenté, quelle que soit la catégorie d’officine, d’environ 20%. Elles contribuent grandement au maintien voire à l’amélioration du revenu du pharmacien titulaire. Cette tendance haussière devrait perdurer sur 2013. »

    Le résultat net moyen pour 2012 ressort à 176 649 euros soit 10,49% du chiffre d’affaires H.T. contre 10,08% en 2011. Ce ratio démontre que la rentabilité de l’activité officinale reste attractive, les difficultés économiques de certains sont surtout liées au niveau d’endettement auquel il est plus difficile de faire face en période d’absence de croissance d’activité. »

    Annuaire de la Sécu du 11 mai 2014 :

    « Le taux d’évolution du Chiffre d’Affaires (TTC) des médicaments génériques en cumul annuel mobile mars 2014/ mars 2013 (Source Xpr-SO®, le panel temps réel de CELTIPHARM – newsletter Celtinews du 25 avril 2014) a augmenté de 4,7%. Le taux d’évolution du CA (TTC) des médicaments remboursables délivrés en officines de ville issus de prescriptions d’établissements mars 2014/ mars 2013 (Source Xpr-SO®, le panel temps réel de CELTIPHARM – newsletter Celtinews du 2 mai 2014) a augmenté de 8,4% »

    Association AFIPA janvier 2014 :

    «Les écarts de prix baissent entre les pharmacies et les prix des médicaments d’automédication ne cessent de diminuer en euros constants depuis 6 ans. Quant aux ventes d’automédication sur internet, elles sont encore très faibles, moins de 0,1%. A l’inverse du marché de l’automédication, deux secteurs sont très dynamiques et en croissance en 2013: le dispositif médical et les compléments alimentaires. Le marché des dispositifs médicaux en vente libre a progressé l’an dernier de 4,3% à environ 622 millions d’euros, et celui des compléments alimentaires de 6,2% à 606 millions d’euros. »

    Site pharmaceutiques.com

    « Pharmaciens biologistes et pharmaciens d’industrie : deux univers très complémentaires :
    les premiers maîtrisent la gestion des essais, les seconds disposent des infrastructures, expertises médicales et capacités de recrutement de patients. Biotrial a intégré en 2006 le
    centre d’innovation technologique de Rennes, qui réunit des industriels, le CHU rennais, l’Université Rennes I et l’INSERM. Fin 2007, Therapharm a créé avec le CHU de Caen une structure commune, spécialisée dans les essais de phases I et II, menés au sein de l’hôpital. Enin, début 2008, la filiale ClinicalLand de Dermscan, a noué un partenariat avec les hôpitaux du Grand Lyon. (…) On le voit, à condition de se positionner sur les segments en croissance et de se tourner vers l’international, l’avenir des CROs (Contract Research Organisation) est pour le moins prometteur. Selon Précepta, le secteur continuera à enregistrer une progression annuelle de 8 % en France. (…) La belle santé du secteur leur offre actuellement des opportunités uniques de développement. »

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  3. NKOUWAP

    Je souscris entièrement aux commentaires et avis de Jean-claude.
    Pour permettre d’offrir des perpectives professionnelles aux anciens internes je gouvernement vient de réserver l’accès aux postes hospitaliers aux anciens internes titulaires du DES PHARMACIE car beaucoup de pharmaciens qui ne trouvaient aucune perpective en officine se retournaient vers les cliniques ou les hôpitaux. En officine, les multiples deremboursements mettent à mal les budgets de petites officines.
    Idrissou NKOUWAP praticien hospitalier

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