Bilan 2014 : une année mouvementée pour la santé

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patientGrève, grève, grève, et encore grève : avec les soignants de SOS médecin qui viennent de rejoindre le mouvement de grève des généralistes, des urgentistes, des spécialistes et des cliniques privées, rien ne va plus dans la santé ! Point d’orgue d’une année décidément très difficile pour les soignants, cet épilogue 2014 est bien triste. Et surtout, révélateur d’un mal être qui dure depuis trop longtemps, et qui continue malgré tout d’aller croissant chez les personnels de santé.

 

medecinsA tel point, que les grévistes de la fin 2014 ont même promis, pour 2015, une véritable « guérilla » : on grimpe encore d’un cran sur l’échelle de la colère, et on ne voit pas très bien comment tout ça pourrait se terminer. Car si la Ministre de la Santé a plus ou moins réussi à rassurer les urgentistes et les cliniques, – encore que, ces derniers ont baissé les armes mais ils n’ont pas levé le camp : ils attendent de voir comment, concrètement, les choses vont se passer pour eux, mais le fer est chaud et ils n’hésiteront pas à remonter au créneau -, les syndicats de médecins, eux, restent vent debout contre le projet de loi de santé. Des médecins libéraux qui estiment, hormis une oreille peut-être un peu plus attentive du gouvernement, n’avoir pour l’instant « rien obtenu ». « Nous étions conscients d’entrer dans un mouvement qui serait long. Aujourd’hui, nous allons entamer une guérilla qui va prendre deux formes: le tout papier, pour encombrer les services de la Sécu et des actions coups de poing », promet Jean-Paul Ortiz président de la CSMF, principal syndicat de libéraux.

 

naissanceOfficiellement, bien sûr, dans le collimateur des professionnels de santé : le projet de loi santé. D’abord salué pour son volet prévention, le texte a très vite suscité des critiques, de plus en plus vives, et jusqu’à, ces dernières semaines, une réelle indignation dans tous les secteurs de la santé, parmi lesquels on n’avait jamais, de mémoire de soignant, observé une telle solidarité et une telle cohésion. Au point que les appels à la grève sont devenus quasi unitaires, presque toutes catégories confondues. Tarifs, tiers payant, mise sous tutelle des agences régionales de santé… tous, dénonçaient un « démantèlement » de leur métier. Aujourd’hui, l’unanimité a un peu vécu. La ministre Marisol Touraine a ouvert une concertation en décembre avec les cliniques privées et les médecins urgentistes. « Elle essaie de diviser les troupes, elle a fini par y arriver », analyse le président du SML, Eric Henry.

Les patrons de cliniques ont en effet renoncé à leur appel à la grève illimitée à partir du 5 janvier 2015, après avoir obtenu des garanties de concertation et la réécriture d’un article de la loi sur le service public hospitalier.

 

urgencesMais malgré tout, s’il on veut essayer de dresser un bilan de l’année 2014 dans le secteur de la santé, il n’est pas difficile d’entrevoir de grandes lignes directrices, qui reflètent une vraie souffrance dans les domaines de la santé, tous métiers confondus : « la souffrance des soignants est devenu des deux côtés de l’Atlantique, une préoccupation telle pour les soignants et certains observateurs des systèmes de santé qu’il faut l’envisager en terme de problème de santé publique. 10 à 48% (moyenne 25 %) des infirmières actives de pays occidentaux présentent un niveau élevé d’épuisement professionnel (burn out) quels que soient le milieu de travail et la spécialité. Les médecins sont aussi en difficulté psychologique avec un taux de dépression et de suicide nettement plus important que dans la population générale », analyse le docteur Pierre Canouï, pédopsychiatre à l’Hôpital Necker Enfants Malades à Paris, se basant sur les statistiques de la Caisse de Retraite des Médecins Français.

« Comment une société peut-elle tolérer que ceux à qui elle confie ses malades et ses mourants souffrent tant en tentant d’apporter des soins ? », poursuit-il. « Si les soignants étaient moins épuisés, ils seraient peut-être plus efficaces, plus rigoureux dans leur travail, moins exposés à des erreurs professionnelles, plus stables à leur poste. Et finalement cela ne serait-il pas moins coûteux pour la collectivité ? Car la souffrance au travail revient cher (le coût annuel du stress au travail est estimé à 20 milliards d’euros en Europe) ».

 

soignantDe fait, depuis quelques années, les soignants tentent, autant qu’ils le peuvent, d’alerter sur leur souffrance au travail, sur le sentiment de n’être pas écoutés par leurs tutelles, pas soutenus par un ministère qui, au contraire, leur donne l’impression permanente de vouloir couper encore davantage les budgets, réduire encore un peu plus les effectifs, et baisser les salaires ou limiter les honoraires… ces derniers étant, faut-il le rappeler, la compensation d’un travail qui, bien sûr, relève de la vocation, mais qui, souvent, s’apparente davantage à un sacerdoce pour certains médecins : horaires extensibles, confrontation permanente avec la douleur et la mort, agressivité de certaines familles, coupes sombres dans les postes de dépenses, qui contraignent les soignants à considérer de plus en plus les patients comme des numéros ? A les soigner à la chaîne, parce que le temps fait défaut ?

 

patientePour se rendre compte de ce désarroi, il ne faut pas chercher loin : les commentaires, ajoutés sous nos articles, tout au long de l’année 2014, sont hélas révélateurs : « infirmière en retraite depuis 5 ans, j’ai vu mon salaire divisé de 1/3 après 38 ans d’ancienneté ! J’ai constaté que nous étions souvent dans l’oubli, alors que notre travail est épuisant, physiquement et moralement », écrit « Ventana ». Thierry, lui, nous donne à lire un témoignage poignant : « Réa, SAMU, libéral, soins intensifs et surveillance continue… Nous travaillons avec une ‘poignée de cailloux’ la plupart du temps, pas de matériel ou bien défectueux. Horaires harassants, responsabilités dépassées le plus souvent (nuits). Au bout du compte, nous sommes laminés, voire brisés pour certains d’entre-nous car c’est un métier difficile d’un point de vue moral et physique. Il faut nous rendre à l’évidence, payés avec un lance-pierre, on nous « pompe » tout au long de notre carrière et quand on est bien usés, on nous jette… A tant nous occuper des autres, à en prendre soin, toute notre vie… Il s’avère aujourd’hui, de toute évidence, que nous ne méritons même pas que l’on prenne soin de nous… Alors, que faire ? Pourrons-nous demain continuer de faire sourire celui qui souffre, à accompagner celui qui meurt ? ». Plus loin, « Dom » écrit : « On réduit les personnels, on les fait bosser comme des malades pour la sainte rentabilité. On s’étonne après de burn out ou d’addiction. Et les suicides d’anesthésistes, on n’en parle pas… Venez bosser une journée au bloc opératoire pour voir comment c’est ! C’est bien triste. Les établissements sont malades ». Christiane, encore, témoigne : « J’ai donné 42 ans aux patients, je viens de partir à la retraite. Malheureusement, nous nous sommes battus pendant des années pour obtenir une ‘poignée de figues’, notre travail n’est pas reconnu, les ministres passent les uns après les autres, et 50 ans après nous sommes toujours dans la même situation. Nous n’avons aucun moyen de pression, nous sommes corvéables à merci. Je comprends votre ras le bol (mais nous aimons tellement notre métier), et je crois que le problème est là. Nous sommes le seul pays où l’on est si maltraités ».

 

Alors pour 2015, que faut-il souhaiter aux soignants ? « Plus d’embauches », écrit « Idemamoune », « un meilleur respect des patients », souhaite « Loulou », « de meilleures conditions de travail et davantage d’entraide » pour Véronique, « des recrutements, et une rémunération à juste valeur », espère François. « Des formations », « moins de violence morale et psychique », réclame Lucie… A Jobvitae, on vous souhaite tout cela, et bien plus encore ! L’équipe vous adresse ses meilleurs vœux pour 2015 !

 
 

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