23 ans de Sidaction : où est passé l’argent des dons ?

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2C’est cette année la 23eme édition du Sidaction, cette vaste opération de communication qui permet chaque année de récolter plusieurs millions d’euros de dons en France. Objectif : aider les malades du sida et faire progresser la recherche dans ce domaine. Près d’un quart de siècle de campagnes de sensibilisation et ruban rouge accroché au veston des présentateurs à la télévision, un quart de siècle donc, et toujours le virus, invaincu, malgré tout. Et il continue à faire des victimes. Alors la question est légitime : où sont passés les millions et les millions d’euros, et de francs avant eux, que les deux dizaines et quelques d’éditions du Sidaction ont permis d’engranger ?

 

3« D’abord, l’argent ne fait pas de miracle, et il ne peut pas forcément permettre, même si les dollars ou les euros coulaient à flots, de trouver en claquant des doigts le remède contre une maladie aussi compliquée, élaborée, sournoise, que le sida. Ensuite, l’argent du Sidaction a incroyablement fait avancer la recherche. Mais pas que : le confort de vie, l’espérance de vie des malades ont été améliorés », explique un chercheur de l’ANRS, l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida. « Depuis le début du Sidaction, l’opération a permis de récolter entre 3 et 6 millions d’euros chaque année, selon les bonnes ou les mauvaises années, selon que les Français ont du pouvoir d’achat ou un peu moins, que le pays est en crise ou en période de croissance, selon le nombre de chômeurs… bref. Mais en moyenne on tourne autour des 4,5 millions d’euros par an. Or, notre budget est de 16 millions d’euros par an au Sidaction, l’opération nous permet donc d’engranger un quart environ de ce dont nous avons besoin. Nous en sommes très heureux, mais par comparaison, par exemple, il faut savoir qu’on est très très loin des 100 millions d’euros récoltés chaque année grâce au Téléthon ».

 

12Et pourquoi 16 millions d’euros sont-ils nécessaires chaque année au Sidaction ? « D’abord, parce que la journée de travail d’un chercheur coûte 80 euros en moyenne. Ce n’est pas énorme. Et ils ont incroyablement fait avancer les choses pour les malades depuis 25 ans. L’association Sidaction n’effectue pas les recherches elle-même, bien sûr, mais elle permet de financer des projets très novateurs pour tenter de guérir, de prévenir le sida, ou d’améliorer les conditions de vie des patients, en améliorant les procédés de lutte contre la douleur, en atténuant les effets secondaires des traitements, très lourds, en faisant campagne pour une meilleure prévention et une détection plus précoce des personnes infectées par le virus. Vous rendez vous compte que 25 000 personnes en France sont séropositive sans le savoir, et transmettent le sida à d’autres en toute inconscience ?! ». Ainsi, grâce à l’argent du Sidaction, la recherche a d’abord permis d’augmenter considérablement l’espérance de vie des malades du sida : « même si elle reste inférieure à celle de la population dite « saine », non malade, elle a tout de même augmenté de 15 ans en 13 ans, plus d’une année de vie gagnée chaque année grâce à la découverte de nouveaux traitements, de nouveaux protocoles, d’une nouvelle prise en charge ». Grâce au Sidaction, les chercheurs bénéficient chaque année en moyenne de plus de 3 millions d’euros de budget supplémentaire en plus des crédits alloués par l’Etat et d’autres donateurs privés. Et un vaccin est même en cours d’essais cliniques : inespéré il y a encore quelques années.

 

5Ensuite, l’argent du Sidaction permet de soigner mieux, et davantage de monde : ainsi, en 2015, grâce aux fonds récoltés par l’opération, 5000 enfants ont pu être mis sous traitement. « Un don de 45 euros permet aussi à une centaine de personne de recevoir une meilleure information sur la maladie, le sida mais aussi les MST en général, grâce à des opérations de campagne dans les lycées, les collèges, les facs, en particulier. Car aujourd’hui, 42% des Français se disent mal informés sur le sida : quasiment un Français sur deux ne sait pas exactement ce qu’est la maladie, comment se faire dépister, comment on la soigne, si on en meurt, comment on l’attrape ». Et, de fait, une étude publiée ce week-end du Sidaction 2017 révèle que les jeunes en particulier sont ignorants du sida « de manière alarmante » : d’après cette enquête, 21% des jeunes de moins de 25 ans pensent que le virus du sida peut se transmettre par un  baiser, ou en s’asseyant sur le siège des toilettes… Seulement 1 jeune de moins de 25 ans sur deux sait qu’il existe aujourd’hui un test d’auto dépistage (merci la recherche, financée par le Sidaction !) et ils sont 42% à ignorer dans quels lieux on peut se faire dépister.

 

8Enfin, 2.5 millions d’euros sont en moyenne consacrés chaque année par l’association Sidaction à l’aide internationale, pour aider notamment les pays en voie de développement, où le sida fait encore des ravages et tue des milliers, voire des millions de personnes chaque année à l’échelle du continent africain : encore près de 37 millions de personnes vivent avec le Sida, en 2017. Grâce aux dons récoltés par le Sidaction, mais aussi par d’autres organismes comme AIDS, « les infections par le virus du sida ont diminué de 35% depuis l’an 2000 et de 58% pour ce qui concerne plus particulièrement les enfants, les décès liés au sida ont chuté de 42% par rapport au pic de mortalité de 2004, et depuis 2010, l’accès à la thérapie antirétrovirale a augmenté de 84% pour les malades. Aujourd’hui, plus de 15 millions de personnes peuvent en bénéficier, soit la moitié de la population infectée sur la planète. Ce n’est pas assez bien sûr, mais c’est déjà un progrès immense depuis la première édition du Sidaction il y a 23 ans !

 

1Grâce aux dons comme ceux que permet le Sidaction, on peut aussi penser que d’ici 2030, la recherche aura permis d’éviter 21 millions de décès liés au sida, et 28 millions de nouveaux cas par infection (dont 6 millions d’enfants) auront été évités grâce à une accélération de la prévention et à une amélioration des processus de dépistage. Et il reste du travail : aujourd’hui dans le monde, 17 millions de personnes ne savent pas qu’elles ont le virus.

 

 

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