Acné : nouvelles recommandations des dermatologues après les polémiques sur diane 35 et Roaccutane

2 commentaires

1Le traitement de l’acné a été sujet à de nombreuses polémiques ces dernières années, entre les effets secondaires des médicaments à base d’isotrétinoïne, type Roaccutane®, qui peuvent générer un mal-être, voire une dépression, et qui est même soupçonné d’avoir poussé certains adolescents au suicide… en passant par les pilules de type diane 35, soupçonnées par l’Agence Nationale du Médicament d’être dangereuse, car elle pourrait présenter des risques de décès, en provoquant des thromboses.

 

6Résultat : cette semaine, la Haute Autorité de Santé (HAS) et la Société Française de Dermatologie (SFD) ont donc publié de nouvelles recommandations pour soigner l’acné. Ce problème de peau, est en effet extrêmement fréquent, puisqu’il touche 80% des adolescents, et même davantage selon certaines statistiques, qui parlent de 95% de la population entre 12 et 25 ans, atteinte par cette affection dermatologique. L’acné, on l’oublie encore souvent, continue même parfois une fois atteint l’âge adulte, à empoisonner la vie de 12% des plus de 25 ans, essentiellement des femmes. Selon la HAS et la SFD, cette affection doit désormais faire l’objet d’un traitement uniquement si elle se révèle sévère, et si elle présente un risque pour la qualité de la vie sociale du patient.

 

8En clair, désormais, l’acné ne sera plus traité de manière médicamenteuse si ses symptômes se limitent à quelques rares lésions et points noirs, ni même si elle est de type « léger », c’est-à-dire caractérisée par de nombreux boutons et comédons, mais sur moins de la moitié du visage. Seule l’acné de type « moyen », c’est-à-dire que les lésions recouvrent plus de la moitié du visage, et de type « sévère », c’est-à-dire très inflammatoire, pourront faire l’objet d’un traitement par antibiotique. Et même à ce stade, seule l’acné « sévère » pourra justifier un recours à l’isotrétinoïne (type Roaccutane®, Contracné®, Curacné®, Acnétrait®). Pour les autres stades, le traitement se limitera à des crèmes à appliquer localement, seules ou associées, et, dans les cas où un antibiotique reste nécessaire, par la prise pendant 6 à 12 semaines de comprimés contenant des molécules comme la doxycycline ou la lymécycline, aux effets secondaires beaucoup plus restreints, et légers.

 

9« Les protocoles de soins les plus lourds doivent faire l’objet de précautions redoublées », souligne le Professeur Bernard Guillot, de la Société Française de Dermatologie. « Les traitements majeurs doivent être encadrés avec une extrême vigilance, notamment en début de traitement. Par ailleurs, le protocole doit être mieux expliqué, car il est souvent contraignant, et seul un adolescent sur trois respecte vraiment avec régularité les instructions de son dermatologue. Or, si on n’applique pas les produits aux moments de la journée où c’est nécessaire, si on saute des jours, si on ne prend pas les antibiotiques avec constance, le traitement se révélera inefficace, et le risque que cela soit mal vécu par le patient redoublera ».

 

4Pour autant, les autorités sanitaires et les spécialistes en la matière rappellent qu’il ne faut pas négliger l’impact psychologique de la maladie, pas suffisamment pris en considération, de manière générale. Aussi, elles demandent aux médecins d’être davantage à l’écoute de leurs patients, afin de détecter au plus tôt le risque de « décrochage social » , d’isolement, de haine de soi, voire les tendances suicidaires d’un jeune patient qui ne supporte littéralement plus de se regarder en face. « L’acné mal ou pas soigné entraîne des séquelles physiques, des cicatrices parfois indélébiles, une peau grêlée pour toujours, et c’est la raison pour laquelle il faut impérativement le prendre en charge le plus tôt possible, avec le protocole le mieux adapté à la situation », explique le docteur Isabelle Dousset-Faure, dermatologue à Paris. « Aujourd’hui, toutes les pathologies cutanées ont bénéficié de grands progrès allant vers une plus grande efficacité et une simplification des traitements. Le problème de l’acné est sous contrôle, de quelques points noirs et petits boutons rouges jusqu’à l’acné majeure nodulo-kystique : il existe pour chaque problématique un traitement efficace, et c’est important de le rappeler, car c’est une maladie qui affecte directement l’image de soi et peut tourner au calvaire pour certains patients. A tel point que leur qualité de vie se dégradent, que leurs relations sociales sont de plus en plus perturbées, qu’ils se replient sur eux-mêmes et finissent par développer d’autres pathologies, mentales cette fois ».

 

7D’ailleurs, quelques dermatologues regrettent la restriction des prescriptions de diane 35 et d’isotrétinoïne, estimant que leurs effets secondaires sont finalement moins fréquents et moins dangereux que l’absence de traitement efficace de l’acné, qui peut, lorsqu’il n’est pas bien soigné, pousser des adolescents fragiles à la détestation de soi bien plus rapidement et bien plus sûrement. « La diane 35 a fait quatre décès en 25 ans, c’est un taux extrêmement faible ! Cela représente un danger bien moins important que de rien faire face à un problème de peau envahissant et désocialisant », estime ainsi le docteur Sadya Aissaoui, gynécologue. « Jusqu’à son interdiction, je l’ai prescrite de manière très régulière pendant 25 ans, je l’ai renouvelée tout aussi régulièrement, il n’y a jamais eu de problème. D’après les Autorités, le risque de thrombose, c’est-à-dire de caillot sanguin, est de 2 pour 10 000 patientes par an, c’est-à-dire 0.02% ! ».

 

2Idem pour l’isotrétinoïne : selon certains dermatologue, la dépression est très souvent liée à l’acné, avant même un traitement au Roaccutane® ou à l’un de ses génériques. « L’acné est une pathologie qui se voit. Inesthétique, elle contraint les personnes qui en sont affectées à mettre en place des stratégies d’évitement, c’est-à-dire qu’elles se cachent, ou tentent de camoufler leurs lésions en utilisant un maquillage parfois inadapté qui  aggrave encore davantage leur acné. C’est un cercle vicieux, dont elles ont le sentiment de ne pas pouvoir sortir, et qui leur gâche la vie. Surtout les adolescents, très sensibles au regard des autres, et fragiles dans cette période de la vie compliquée. Et le problème de l’acné, c’est que si l’on ne le traite pas, des lésions profondes laisseront  des cicatrices irréversibles ou en tout cas difficiles à effacer, même si la dermatologie esthétique a beaucoup progressé. Ne rien faire, c’est laisser sombrer le patient dans cette spirale qui peut abîmer son visage pour toujours et le coupe du monde et des autres », explique le docteur Catherine Oliveres Ghouti. « En France, 100 000 personnes prennent ces traitements anti-acné, qui sont, il faut le rappeler, les  plus efficaces… Aucun lien n’a jamais été démontré entre la prise de ces médicaments et le suicide. En revanche, ce que l’on sait, c’est que l’acné provoque, chez 15% des adolescents, une  chute des résultats scolaires, un  isolement social, un arrêt des loisirs, et des idées noires. Nous sommes des spécialistes et lorsque nous traitons, c’est en tenant compte non seulement du degré objectif de gravité de l’acné, mais aussi des profils psychologiques spécifiques de chacun de nos patients ».

 

3Un avis que bien sûr,  les familles de victimes ne partagent pas : selon elles, les traitements contre l’acné peuvent être dangereux et il faut les limiter au maximum. Pour la maman de J., 19 ans, qui s’est pendu dans sa chambre il y a deux ans, pas de doute : c’est le Curacné®, un générique du Roaccutane®, qui a déclenché les idées suicidaires de son fils. Elles n’existaient pas avant qu’il se soumette à ce protocole… Madame G. a porté plainte contre son dermatologue : « Mon fils n’a bénéficié d’aucun suivi. Aucun. Il y a eu une prise de sang au début, puis de simples renouvellements d’ordonnances. Mais aucun suivi psychologique, pas de mise en relation avec le médecin généraliste… les boutons ont disparu, mais les idées suicidaires sont venues ». Selon l’AVRG, l’Association de Victimes du Roaccutane® et Génériques, des dizaines de suicides d’adolescents seraient liés à la prise de médicaments à base d’isotrétinoïne. L’association recense plus de 60 cas : « A chaque fois, de jeunes patients doués, avec des projets d’avenir, souriants, aimant sortir avec leurs amis, et dont le comportement a changé au cours d’une cure de Roaccutane® ou de l’un de ses génériques : crises d’insomnies, agoraphobie, douleurs musculaires insoutenables dans le dos, démangeaison et sécheresse de la peau et des muqueuses, jusqu’au geste fatal », explique un porte-parole.

 

En France, une personne sur dix, dans la tranche d’âge 15 – 69 ans, déclare avoir souffert d’acné, et pour 1 sur 100, en souffrir encore passé 50 ans, selon un sondage mené auprès de plus de 10 000 individus. Des millions de Français sont donc concernés par cette pathologie.

 

 

2 réflexions au sujet de « Acné : nouvelles recommandations des dermatologues après les polémiques sur diane 35 et Roaccutane »

  1. Elise

    Merci pour cette mise au point sur la pilule Diane 35. Pour ma part, j’étais sous traitement durant plusieurs années. Pas d’effets secondaires nettes, mais quelques désagréments. Mais rien en comparaison avec ce que l’acné me faisait subir.

    Bref, c’est aussi pas plus mal que sa prescription soit plus controlé pour éviter les abus.

    Répondre
  2. SEMINO

    Ma fille a consulté un dermatologue pour de l’ acné légère. Il lui a prescrit Curacné.
    Une semaine après le 2ème rendez vous, ganglions douloureux; fièvre jusqu’à 40, douleurs musculaires insupportables dans tout le corps, fatigue extrême. A la lecture des effets secondaires du médicament, nous avons contacté le dermatologue qui a convenu qu’elle manifestait des effets secondaires mais sans gravité et qu’il n’y avait pas lieu de stopper le traitement.  » C’est normal » nous a t il répondu,  » je la revois dans trois semaines ».
    Nous avons consulté en urgence notre médecin traitant qui a fait pratiqué des analyses….qui laissaient peu de doutes….
    ARRET DE CURACNE mais elle n’est pas encore sortie d’affaire. Son état reste préoccupant.
    L’attitude du dermatologue est criminel !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *