Alcool, tabac, obésité : les nouvelles générations mourront plus jeunes que nous !

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7Tous les 3 ans, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publie un rapport sur l’état de santé des habitants de l’Union Européenne et des ex pays de l’Union Soviétique. Le dernier cru de cette étude est tombé ce mercredi 23 septembre 2015… et la sentence fait froid dans le dos : alcool, tabac, obésité ont atteint ces trois dernières années des niveaux alarmants. Et l’Europe est en train de rattraper les Etats-Unis, notamment pour les problématiques liées aux jeunes.

 

alcool et jeunesEn premier lieu parmi ces fléaux : l’alcool, qui cause plus de 6% des décès en Europe : c’est un record mondial ! Selon l’Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé, 35 % des jeunes adolescents de sexe masculin français déclarent avoir eu dans les douze derniers mois une à neuf ivresses, et ils sont 15 % à déclarer avoir connu dix ivresses ou plus, sur la même période. Chez les filles, les mêmes questions ont entraîné un taux de réponse légèrement plus faible : 28% déclarent avoir eu une à neuf ivresses dans l’année écoulée, et seulement 4% parlent de plus de dix ivresses dans ce laps de temps. Toujours selon l’IRDES, 6 % des garçons et 2 % des filles en France, présentent de graves problèmes avec l’alcool. Un phénomène en constante augmentation depuis 2007, et qui inquiète suffisamment un sénateur, le socialiste Franck Mautaugé, pour qu’il ait fait voter en urgence la semaine dernière, mardi 15 septembre 2015, un amendement au projet de loi Santé de Marisol Touraine : amendement qui fixera désormais un prix seuil lors d’opérations de promotion de type « happy hours », jugées beaucoup trop incitatives pour les jeunes, encouragés à boire par des tarifs exceptionnellement bas pendant ces tranches horaires.

 

2Le tabac n’est pas en reste : selon l’OMS, 30% des habitants des pays étudiés fument régulièrement… et partout, on note que les femmes se mettent de plus en plus à la cigarette, et déclarent depuis 3 ans des maladies qui jusque là, étaient nettement plus fréquentes chez les hommes, comme le cancer du poumon. Surtout, les jeunes sont toujours plus nombreux à fumer. L’industriel du tabac Philip Morris disait déjà en 1981 que « les adolescents d’aujourd’hui sont les consommateurs réguliers potentiels de demain, et la très grande majorité des fumeurs commence à fumer à l’adolescence ». Un cynisme, pourtant teinté de réalisme et toujours, hélas, d’actualité : selon l’OMS, en moyenne, l’âge de la première cigarette se situe entre 11 et 12 ans, au moment de l’entrée en 6ème. Et avec presque un Français âgé de 16 à 25 ans fumeur régulier (40% exactement), nous sommes désormais l’un des pays les plus touchés d’Europe par le tabagisme chez les jeunes. Toujours selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la moitié seulement de ces jeunes fumeurs parviendront à se sevrer, l’autre moitié continuera à fumer. Et sur cette autre moitié, 50% mourront directement des causes du tabac. Soit au final, un décès précoce pour un quart de la population totale des jeunes fumeurs de moins 25 ans : en 2015, les jeunes Français fument plus que leurs pairs en Grèce, au Portugal ou en Pologne.

 

15Enfin, l’obésité et le surpoids touchent 59% de la population européenne : un taux en très forte progression, lui aussi, et qui prouve une fois de plus que l’obésité est en train de devenir un problème de santé publique majeur en Europe. Dans certains hôpitaux de France, les services pédiatriques commencent même, parfois, à se spécialiser dans l’obésité infantile. C’est le cas à Saint-Chamond dans la Loire, reconnu pour ses compétences dans ce domaine. De plus en plus d’adolescents consultent à cause de leur surpoids, malheureusement trop tard la plupart du temps : « Le médecin généraliste de mon fils m’a toujours dit que ça allait passer, qu’il allait s’étirer au fur et à mesure de sa croissance », reconnaît Martine, la maman de Jean*, qui pèse déjà plus de 37 kilos à 7 ans et demi. « Je m’en veux de ne pas avoir réagi avant, parce que sa sœur a eu le même problème, à 15 ans elle pesait déjà plus de 65 kilos pour 1.50 mètres. Un enfant en surpoids c’est déjà compliqué, mais deux, c’est terrible pour l’ambiance à la maison et les rapports familiaux. Que ce soit la fille ou le garçon d’ailleurs, les deux souffrent autant du regard des autres, il n’y a pas tant de différence. On pourrait penser que les garçons, surtout très jeunes, n’ont pas conscience de leur différence, mais 13c’est faux. Les petits sont parfois bien plus cruels que les plus grands, parce qu’ils ne se rendent pas compte de la portée de ce qu’ils disent ». Sarah*, la grande sœur, consulte elle aussi, à Saint-Chamond. « Souvent, les autres me disent des mots ou des phrases qui me blessent, et moi pour me venger, je vais aller manger », confesse l’adolescente, qui vient d’entrer en classe de seconde. « Au lycée c’est terribles, les garçons sont impitoyables, et les autres filles aussi, de manière différente. Les garçons aiment bien les formes mais ils n’assument pas alors ils chambrent. Les autres filles prennent l’air dégoûté. Et ça fait mal. Et ça me donne envie d’engloutir tout ce qui me passe à portée de main. Je dilapide mon argent de poche au distributeur de sucreries. Tout en sachant que ce n’est pas bien, et là c’est pareil : plus je culpabilise, plus je dévore ».

 

12Pour les médecins, il ne faut pas attendre : « plus on prend l’enfant en charge tôt, meilleurs seront les résultats », analyse la pédiatre Catherine Raynaud Ravni. « Et surtout, ce sera beaucoup plus facile pour tout le monde : ce sera plus facile pour l’enfant, plus facile pour sa famille. On dit que la génétique prédispose et que l’environnement impose : on ne peut pas agir sur la génétique mais on peut agir sur l’environnement, et il faut le faire le plus tôt possible pour un succès maximal ». Agir tôt : un principe de précaution d’ailleurs valable pour tous les troubles de l’adolescence qui mettent en jeu l’espérance de vie de nos enfants. L’alcool, la drogue, la malbouffe ou la cigarette sont des sorties de route mineures dans l’hygiène de vie si une solution de sevrage est trouvée rapidement. Mais à l’inverse, si rien n’est fait, le degré de dépendance s’aggrave très vite… et les problèmes de santé aussi.

 

8Selon l’étude de l’OMS, depuis 1980, les Européens ont gagné en moyenne 5 ans d’espérance de vie avec un bonus pour les Françaises, les Espagnoles et les Italiennes, qui dépassent en majorité les 85 ans d’espérance de vie. Sauf que 2015 marque un tournant : désormais, notre espérance de vie stagne et pourrait même à nouveau régresser. Si les politiques de santé ne sont pas plus efficaces par rapport à ces trois fléaux que sont l’alcool, le tabac et l’obésité, les prochaines générations pourraient ne pas vivre aussi longtemps que leurs grands-parents… Un retournement inédit dans l’histoire de l’humanité !

 

* les prénoms ont été changés

 

 

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