Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) : désormais 100% remboursé

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12Ce matin est entrée en vigueur après publication au Journal Officiel une nouvelle mesure : le remboursement d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) sera désormais pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie, et la patiente concernée par un avortement n’aura donc plus rien à payer ni à avancer. Une manière, pour le gouvernement, de réaffirmer haut et fort sa vision de cette problématique, qui divise depuis toujours les Français, entre « pro » et « anti » avortement : Marisol Touraine, elle, entend par cet arrêté marteler que « pour elle, l’IVG est un droit absolu ».

 

10La ministre n’a pas choisi la date d’entrée en vigueur de sa mesure par hasard : le mardi 8 mars 2016, journée de la femme, en France. Pour Marisol Touraine, « la priorité c’est de laisser les femmes libres de disposer de leur corps en favorisant l’accès à l’IVG ou d’ailleurs, en amont, à la contraception. L’IVG, c’est un acte important, parfois marquant pour une femme, mais on oublie souvent qu’il est précédé et suivi de consultations qui coûtent cher, d’échographies, de prises de sang, d’examens divers et variés. Tout cela sera désormais pris en charge par l’Etat et remboursé par la sécurité sociale. Il faut absolument déculpabiliser les femmes par rapport à se sujet, une interruption volontaire de grossesse est un droit, pas un crime ».

 

7Ainsi, dès le 1er avril 2016, le temps d’organiser la mise en application effective de cette mesure sur le terrain, l’ensemble des soins effectués avant et après l’opération seront intégralement remboursés, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Depuis 2013 en effet, seul l‘acte lui-même était pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale. D’ici un peu plus d’un mois, le remboursement sera total, pour peu que l’interruption volontaire de grossesse soit effectuée dans un établissement qui respecte les barèmes fixés par l’Etat, à savoir : un plafond des tarifs forfaitaires à 463,25 euros, dans le cas d’une IVG instrumentale, sans anesthésie générale et en ambulatoire, c’est-à-dire que la patiente repart directement chez elle et ne vient à l’hôpital que pour une journée, voire quelques heures ; dans le cas d’une intervention plus complexe nécessitant au moins une nuit d’hôpital, le tarif plafonné passe à 664,05 €. Quant à la consultation préalable à l’avortement, au cours de laquelle le médecin fait signer une décharge à la patiente pour recueillir son accord, puis lui fait passer une échographie d’investigation pour préparer l’intervention, elle est désormais fixée à 35,65 euros maximum.

 

5Dans le 13eme arrondissement de Paris, au rez-de-chaussée d’une grande tour anonyme, le personnel du planning familial se réjouit de cette annonce : ici, la salle d’attente ne désemplit pas, et il n’y a même parfois pas suffisamment de personnel pour répondre à toutes les patientes d’une journée. Alors, même si les médecins, infirmières et psychologues qui travaillent ici espèrent vivement que l’Etat leur donnera les moyens d’accueillir plus de monde encore – puisque la gratuité totale devrait logiquement augmenter encore le nombre de demandes -, ils sont satisfaits : « Beaucoup de très jeunes femmes s’adressent à nous, beaucoup d’étudiantes ou d’adolescentes qui ont peur de parler à leurs parents, ou qui ne le peuvent pas, parce qu’elles sont issues de milieux très croyants, quelle que soit la religion d’ailleurs, et elles savent que leur décision d’avorter ne serait pas tolérée », explique Isabelle, la responsable du planning familial.

 

9Ce jour là, en consultation, elle reçoit Lili, 22 ans, enceinte depuis 9 semaines. C’est la deuxième fois que la jeune femme avorte, même si elle est toujours avec le même amoureux depuis 3 ans. A chaque fois, un oubli de pilule. Lili n’a pas le choix, elle ne peut plus se contenter d’un avortement médicamenteux, elle devra subir une intervention à l’hôpital. Mais elle n’aura rien à payer. Ni maintenant, ni après. « Le problème que nous rencontrons de plus en plus, c’est que les médecins manquent à l’hôpital : 130 centres IVG ont fermé, ces dix dernières années. Alors la gratuité totale c’est très bien, mais cela ne suffit pas si l’on veut défendre ce droit à l’avortement », estime Isabelle. « Il faut aussi du personnel, et s’assurer qu’il soit présent aussi bien dans les grandes villes que dans les zones rurales, parce qu’aujourd’hui ce droit n’est pas le même pour toutes et dans toutes les régions de France. Mais la loi santé prévoit d’intégrer les Agences Régionales de Santé (ARS) afin d’élaborer un plan régional d’amélioration de l’accès à l’IVG, mais aussi de permettre aux médecins des centres de santé de réaliser des IVG instrumentales et plus uniquement médicamenteuses, et ça c’est vraiment une bonne chose. Tout comme de permettre aux sages-femmes de réaliser des IVG médicamenteuses ».

 

14Dans la pièce d’à côté, une jeune fille très angoissée s’entretient avec une infirmière. Elle a fait plusieurs tests de grossesse, mais à chaque fois les résultats sont différents, deux fois positif, une fois négatif. Il s’avère en fait que cette patiente est en train de faire une grossesse extra utérine. Et elle est enceinte de plus de quatre mois. Là, la prise en charge n’est plus la même en France : elle va sans doute devoir partir aux Pays-Bas, entièrement à ses frais. Mais pour les associations anti-avortement, la loi française « est déjà beaucoup trop laxiste, et on continue » : à Bayonne, ce mardi 8 mars 2016, des manifestations ont opposé pro et anti avortement. Associations féministes se sont ainsi opposées à des rassemblements de membres de la Manif pour tous et de partisans du FN : « Nous ne sommes pas contre la vie, mais contre l’intégrisme et l’obscurantisme », ont scandé les premières. Les autres dénoncent, avec la suppression de la semaine de réflexion en cas d’IVG, « une pression de plus sur les femmes ».

 

 

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