La nouvelle ministre de la Santé relance le débat sur la vaccination obligatoire

1 commentaire

Agnès Buzyn, qui a succédé à Marisol Touraine au ministère de la Santé, a commis une annonce fracassante ce vendredi 16 juin 2017 : elle envisage de rendre onze vaccins obligatoires pour une durée de 5 à 10 ans. Le message est reçu de manière évidemment très mitigée, quand on sait que les vaccins pour enfants font polémique depuis déjà de nombreuses années en France (voir nos articles : Pénurie de vaccins et médicaments, La fronde des anti-vaccins s’accélère et Vaccin Meningitec : un « nouveau scandale sanitaire »).

 

Il faut dire que les 3 vaccins actuellement obligatoires pour tous les bébés en France à partir de 2 mois (la diphtérie, le tétanos et la polyo) ne sont plus commercialisés comme un seul produit. Le dossier est devenu très polémique, dès lors qu’il fallait désormais obligatoirement acheter 5 vaccins en un au lieu de trois, dont deux non obligatoires. Et ce, alors que de plus en plus de Français sont réticents à se faire vacciner. La ministre de la santé s’engage donc sur une voie semée d’embûches, lorsqu’elle indique vouloir étendre cette obligation à 8 autres vaccins, non obligatoires et seulement recommandés pour l’instant. Au DTP s’ajouteraient dans cette hypothèse la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, l’haemophilus influenzae, le pneumocoque et le méningocoque C. C’est à dire, ce que préconisait à l’automne dernier le comité d’orientation sur la vaccination.

 

« Il ne faut pas surestimer le danger, mais il existe », explique le professeur Alain Fischer, président de ce comité. « De nombreux cas de méningite pourraient être prévenus, des cas de coqueluche grave du nourrisson également, les rougeoles sévères qui sont survenues en France au cours de ces dernières années, on observe des recrudescences d’épidémie et en 2017 en France, 70% des tout petits sont vaccinés contre le méningocoque, 77% pour le ROR, et moins de la moitié des ados (43%) font le rappel de l’hépatite B à 15 ans. Ce n’est pas acceptable ».

 

Sur décision du Conseil d’Etat, le gouvernement a maintenant deux mois pour soit étendre l’obligation aux vaccins disponibles en pharmacie, soit supprimer toute obligation. « Il est vrai que ce chiffre de 11 vaccins paraît important, la question c’est de savoir ce que l’on veut couvrir en termes de pathologies », analyse le médecin et journaliste français Jean-Daniel Flaysakier. « C’est évident que certaines pathologies évoquées paraissent étonnantes mais a contrario, si vous prenez l’exemple de la rougeole, elle a tué ces dix dernières année une douzaine d’enfants, et elle a provoqué des séquelles définitives chez un certain nombre d’autres. Donc il y a une vraie discussion à avoir, un vrai débat sur ce sujet. Notre rôle de médecin, c’est de faire remonter le taux de la couverture vaccinale en étant honnêtes et sincères, et cela ne passe pas forcément par l’obligation ».



Fin connaisseur des grands débats de société autour de la santé, le docteur Flaysakier rappelle que la nouvelle ministre de la santé, Agnes Buzyn, est médecin et donc légitime dans cette réflexion. « Les craintes des anti vaccins doivent être entendues, mais il faut aussi rappeler qu’elles ne sont pas toujours justifiées : par exemple, le problème de l’aluminium est certes un souci, mais il faut savoir que dans les premiers mois de sa vie, un enfant va ingérer des quantités d’aluminium bien supérieures à celles contenues dans ces vaccins. La vraie question, c’est qu’en matière de vaccination, quand vous êtes en dessous du seuil de 95% de la population vaccinée, le vaccin devient moins efficace, voire pas efficace du tout, pour l’ensemble de cette population. Et si on ne vaccine pas assez, on peut revenir à des situations problématiques que l’on a connues il n’y a pas si longtemps, par exemple les femmes enceintes qui contractent la rubéole et passent le virus à leur enfant, des enfants qui naissent ensuite avec des malformations cérébrales, ou aveugles. Aujourd’hui, grâce aux campagnes massives de vaccination, on ne voit plus ce type de problème. Il ne faut pas perdre de vue le risque de contamination et de contagion de maladies qui sont toujours aussi dangereuses ».

 

Problème : les Français se méfient des vaccins. 52% d’entre eux les jugent peu sûrs. De plus en plus d’associations alertent notamment sur les dangers de l’aluminium utilisé comme adjuvant, et toxique. « On va mettre en danger la santé de milliers et de milliers d’enfants, car passer à 11 vaccinations obligatoires signifierait que des enfants qui, jusqu’en 2008, avaient des vaccinations DTP sans aucun adjuvant, passeraient tout à coup à 11 vaccinations et 3,7 milligrammes d’aluminium injectés dans l’organisme », estime Didier Lambert, président de l’association E3M des victimes de l’aluminium vaccinal. En fait, le vaccin évoqué, c’est à dire le DTP sans adjuvant, n’est effectivement plus commercialisé. Jacques Bessin, lui, milite depuis 6 ans pour la liberté de vacciner ou non son enfant au sein de l’Union Nationale des Associations Citoyennes de Santé : « Le premier problème des vaccins c’est qu’il y a, comme pour n’importe quel médicament, des effets secondaires. Et quand vous êtes victimes de ces effets secondaires, l’Etat doit assumer. Sauf que l’Etat n’assume pas. Certains enfants vont réagir à l’hydroxyde d’aluminium, d’autres au mercure, d’autre au sodium… On ne sait pas ce qu’il y a réellement dans les vaccins, on ne nous dit pas tout ! Aujourd’hui on ne parle pas de la sécurité des vaccins, on minimise les effets secondaires, et on rejette les victimes. Il n’y a ni recherche ni études sur les vaccins et leurs dangers, et quand il y a des victimes on va accuser la génétique, les allergies, on ne va jamais chercher le lien de cause à effet entre un vaccin et le décès ou le handicap d’un enfant. Enfin, on est libre de refuser un acte médical si on n’a pas les informations suffisantes, c’est la loi Kouchner qui dit que si un patient estime n’avoir pas été suffisamment informé il peut refuser un acte médical. Moi je préfère aller en prison que de prendre le risque d’empoisonner mes enfants ». Ce que réclament donc les associations opposées au projet, c’est d’obliger les laboratoires à le fabriquer et à le commercialiser à nouveau, au lieu de généraliser l’obligation des 8 autres vaccins.

 

Du côté de certains médecins d’ailleurs, sans aller aussi loin, on regrette effectivement que, contrairement aux États-Unis par exemple, il n’existe pas en France de recueil des effets secondaires des vaccins ou un système d’indemnisation automatique des victimes sans passer par la justice. Mais on rappelle aussi que c’est une faute médicale grave pour un praticien de falsifier un carnet de santé avec de faux vaccins, alors qu’un enfant peut simplement en tombant ou en se blessant attraper le tétanos et en mourir, ou en garder de profondes séquelles. La collectivité paiera alors des centaines de milliers d’euros pour ce petit patient. Ils alertent aussi sur des rumeurs dont il a été prouvé qu’elles étaient fausses, mais qui ont conduit de très nombreuses familles à se détourner de la vaccination, par exemple sur le lien entre vaccin et autisme. Ces médecins proposent de suivre plutôt l’exemple australien, qui vise à récompenser les parents qui vaccinent leurs enfants plutôt que de les obliger et de les sanctionner en cas de non vaccination.

 

 

Une réflexion au sujet de « La nouvelle ministre de la Santé relance le débat sur la vaccination obligatoire »

  1. Abaq

    Bonjour,

    On peut noter qu’effectivement il y a un problème avec la rougeole pour laquelle la protection globale de la population est insuffisante.
    La vaccination contre la rougeole stagne en effet autour de 90 %, là où il faudrait atteindre 95 % de la population vaccinée comme indiqué dans l’article.
    La question de ces autres vaccinations doit au moins être posée.

    Bonne journée.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *