Le blues des blouses blanches

2 commentaires

colereQu’ils soient chercheurs en laboratoires ou professionnels de santé, les Français en blouse blanche tirent la sonnette d’alarme : ils seraient de plus en plus nombreux à souffrir de dépression liée au travail, ce que l’on appelle désormais communément aujourd’hui le « burn out » (« brûler de l’intérieur », en anglais). C’est l’Union Française pour une Médecine Libre qui a signalé le phénomène, mi février 2014. D’après ce syndicat, créé il y a une petite année, le syndrôme d’épuisement professionnel menacerait un médecin sur deux. Une semaine avant la publication de ces résultats, c’est le Syndicat National des Travailleurs de la Recherche Scientifique qui rendait publique, le 7 février, une déclaration écrite s’inquiétant « de la survenue, pour le seul mois de janvier, de trois suicides de personnes travaillant dans des laboratoires et l’administration du CNRS ».

 

santeVague de suicides, signaux d’alerte au rouge, que se passe-t-il chez les chercheurs et les soignants français ? Mardi dernier, les médecins ont été nombreux à couvrir leur plaque (installée à l’entrée des cabinets de consultation) d’un crêpe noir, en signe de « deuil » pour sensibiliser le grand public et la ministre de la Santé, Marisol Touraine. « Il faut que les professionnels de santé sortent du silence », indiquait l’Union Française pour une Médecine Libre. « Car ce silence est souvent entretenu par les praticiens qui n’osent pas demander de l’aide ou qui ne savent pas vers quelle structure se tourner ». Selon le syndicat, on compte deux fois et demie plus de suicide chez les médecins que dans le reste de la population. Ils seraient une cinquantaine, chaque année, à tenter de mettre fin à leurs jours.

 

salle_attenteQuelles sont les causes de ce malaise professionnel grave ? Selon l’Institut de sondages BVA, qui a réalisé en septembre dernier un sondage pour l’association « Paroles de Professionnels », les motifs ont changé : cela fait longtemps que les professionnels de santé font état d’une « fatigue chronique », mais si autrefois, les horaires et la paperasse administrative étaient les premières raisons évoquées, aujourd’hui le rapport à la patientèle est en première ligne : selon deux enquêtes successives, réalisées en 2012 et 2013, il y a de plus en plus de distorsions entre la perception que le patient a de son praticien, et la perception que le médecin peut avoir de celui qui vient le consulter : les patients considèrent aujourd’hui de façon majoritaire que les médecins les font « trop attendre », que les consultations sont de « mauvaise qualité, sans cesse interrompues par le téléphone », que les erreurs de diagnostic sont « trop fréquentes »… alors qu’en face, les médecins ont l’impression d’avoir affaire à des patients qui, au 21e siècle, sont devenus « intolérants », « hypocondriaques », « insatisfaits chroniques » et « impatients ». Selon les conclusions des enquêteurs, c’est cette distorsion importante entre les attentes des uns et la disponibilité des autres, qui serait le plus gros facteur de stress pour les professionnels de santé. Un constat également valable pour tous les personnels, dans le privé comme dans le public : infirmières, aides-soignants, sages-femmes, puéricultrices, etc.

 

burn_outDu côté des chercheurs, les causes du syndrome d’épuisement professionnel sont moins évidentes. Mais les syndicats veulent tout de même interroger la société sur la multiplication des  gestes fatals ces derniers temps. «  Nous avons hésité à communiquer sur ces suicides, car il est toujours compliqué d’en démêler les ressorts intimes – et parce que, dans un cas au moins, il s’agit d’un drame purement privé », indique Daniel Steinmetz, responsable du Syndicat National des Travailleurs de la Recherche Scientifique (SNTRS-CGT). « Mais cela fait plusieurs années que nous signalons à la direction du CNRS des cas de souffrance au travail et cela nous a semblé un signal suffisamment fort pour essayer de trouver d’autres solutions que celles qui ont été mises en place jusqu’ici. ».

 

consultationLa Direction du CNRS, de son côté, a rappelé qu’aucun de ces drames ne s’était produit sur le lieu de travail des victimes, et que par ailleurs, le taux d’absences maladies était stable depuis 2010. Néanmoins, d’autres grands organismes de recherche publique ont eu à déplorer des décès par suicide ces dernières années… Cette fois-ci, ce seraient les tensions sur l’emploi et les budgets qui seraient en cause. Ainsi que la précarisation de chercheurs en attente d’une titularisation depuis plusieurs années, et qui ne voient rien venir. Enfin, la nécessité de plus en plus fréquente, aujourd’hui, pour les chercheurs, de devoir trouver eux-mêmes leurs financements… avec, au bout des démarches, un échec et un refus dans 9 cas sur 10.

 

 

2 réflexions au sujet de « Le blues des blouses blanches »

  1. Ge(neraliste)

    Dommage que vous obligiez les personnes qui souhaitent participer au débat à décliner identité et adresse mail pour pouvoir commenter, je trouve cela assez rédhibitoire… Néanmoins, merci pour tous ces articles sur les hauts et les bas des professionnels de santé, c’est importants d’en parler. Ce que j’aime sur votre site, et qu’on ne trouve pas forcément ailleurs, c’est que c’est sans tabou : vous évoquez aussi bien les sujets qui fâchent que les découvertes importantes ou les professionnels heureux. Vous parlez à la fois de ce qui peut nous inspirer une certaine fierté, en France, quant à notre système de soins, mais aussi vous évoquez sans détours les secteurs où cela ne va pas et les problèmes de ceux qui ont besoin que certaines choses changent dans le système si on ne veut pas aller dans le mur. Merci pour ce Journalisme avec un grand J qui n’a pas peur des lobbys ! En l’occurence, pour parler du sujet que vous abordez cette semaine, merci de souligner nos souffrances. Les gens considèrent toujours que nous sommes des nantis, mais à quel prix !
    Cordialement,
    G., médecin généraliste

    Répondre
  2. Suzanne Savignac

    Cher G.,
    Un très grand merci pour vos compliments, qui nous vont droit au coeur ! Nous faisons notre possible pour informer au mieux ceux qui nous lisent. Un grand merci pour votre fidélité, bon courage, Suzanne Savignac

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *