Le sport remboursé par la sécu : pour ou contre ?

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1Votre abonnement en salle intégralement remboursé par le contribuable via la sécurité sociale ? Une idée qui fait hurler les uns, et bondir les autres de joie. Alors, pour ou contre ?

 

Contre

7Ceux qui trouvaient déjà cela normal que les consultations de médecins simplement destinées à obtenir un certificat médical d’aptitude au sport ne soient pas remboursées. Sous réserve d’anonymat, un directeur de Caisse Primaire d’Assurance Maladie régionale se lâche : «  Nous devons rembourser des soins médicaux, le sport n’est pas un soin médical. Pourquoi ne pas, dans ce cas, rembourser les compléments alimentaires ? Ou le coiffeur, parce que c’est bon pour le moral ??? Nous venons juste de réussir à peu près à résorber le déficit de l’assurance maladie, ça nous a pris des années, et on va maintenant s’amuser à rembourser des séances de sport ! Le kiné, je ne dis pas, mais le sport… je préférerais encore qu’on rembourse les soins d’ostéopathie, à ce moment là, ce serait plus logique ».

 

5Au Conseil National de l’Ordre des Médecins, dans les couloirs de la section d’Exercice Professionnel, même chose : beaucoup de mécontents, qui, sans vouloir le reconnaître frontalement, estiment en aparté que « la sécu c’est fait pour rembourser les malades. Pas les sportifs. La pratique du sport n’est pas une maladie ». Au-delà du principe, selon lequel, pour les détracteurs de la mesure, « ce n’est pas au contribuable et à la sécu de payer les coachs de quelques uns », il y a aussi les médecins qui trouvent qu’on en fait un peu beaucoup sur les vertus du sport et les miracles de guérison qu’il peut provoquer : « dans la médecine, ce qui n’est pas démontré formellement n’existe pas. Si un malade dit « le sport me fait du bien et me fait guérir », un médecin n’est pas obligé de le croire. Ce n’est pas du cynisme, c’est l’exigence de rationalité de notre discipline, incontournable si l’on veut rester rigoureux dans nos diagnostics et nos protocoles », explique l’un d’eux.

 

Pour

Les défenseurs de la mesure raisonnent exactement à l’inverse de ses détracteurs : la plupart, sont des médecins absolument convaincus que le sport peut littéralement changer la vie d’un malade. « Le sport est remboursé depuis longtemps en Belgique ou en Afrique du Sud, ce n’est pas juste une illumination de certains médecins français. Les vertus de la pratique sportive comme thérapie sont constatées partout, dans tous les pays du monde », estime-t-on à la CAMI (Cancer, Arts Martiaux et Informations) Sport et Cancer, une commission scientifique composée d’oncologues, d’experts de la médecine du sport, de physiologistes et de pédagogues sportifs. Médecin et karatéka, le docteur Thierry Bouillet, le président fondateur de cette structure, a voulu croiser ses deux passions, convaincu que le sport peut aider les malades d’un cancer : « pour moi, le sport était une échappatoire pour évacuer la pression de mon quotidien de cancérologue à l’hôpital : j’exerce à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. J’ai alors eu l’intuition que la pratique du sport pouvait aider une personne cancéreuse à lutter contre la fatigue liée à sa maladie et aux protocoles de soin, très lourds, administrés. A l’époque, on me prenait pour un fou. Mais aujourd’hui les médecins comme moi constatent que le sport améliore la qualité de vie et les chances de guérison de leurs patients. Mais cela doit être encadré : ni trop, ni trop peu, de manière régulière donc avec un coach qui encourage dans les moments de désarroi, et qui soit formé pour faire pratiquer le sport à des malades gravement atteints, pas à des clients en pleine forme comme dans un club de fitness. Pour avoir ce type de coach, cela coûte cher. Et c’est donc normal que ce soit remboursé par la sécurité sociale, pour les maladies graves ou chroniques, et prescrit par les médecins ».

 

6Nous nous rendons dans un centre de lutte contre le cancer pour demander leur avis aux premiers concernés : les malades. Deux fois par semaine, les patients pratiquent la boxe…  Âgés de 30 à 75 ans, ils sont en cours de traitement par chimiothérapie. Karine, 46 ans, se bat depuis deux ans contre un cancer des poumons. Et elle le dit sans détour : « la boxe est devenue ma thérapie principale, plus que la chimio, plus que les médicaments. C’est une manière d’incarner physiquement ma volonté de me battre, ça m’aide à aller plus loin dans mon combat. Quand on se sent malade, pas bien, on a tendance à laisser tomber, à se décourager. Mais quand je donne des coups de poing dans un mannequin ou un sac, c’est le crabe que je bousille ! C’est mieux que dix séances chez le psy ! ». Son coach sportif a été formé à la pédagogie particulière que demande un cours avec des patients : « pas de performance, bien sûr, mais une pédagogie douce qui les aide à se réapproprier leur corps. Le parcours de soins abîme aussi leur motorisation, l’amplitude des mouvements, l’équilibre, la mémorisation des gestes. Le sport les aide à se réapproprier tout cela, c’est incontestable ».

 

 

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