Ouragan Irma : les soignants et les secouristes à pied d’œuvre

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On s’attendait à ce que l’ouragan Irma fasse des dégâts… Mais l’état des îles Saint-Martin et Saint-Barthélemy frôle l’apocalypse : les dégâts matériels sont immenses, les blessés nombreux, toutes les infrastructures sont dévastées et les centres hospitaliers eux-mêmes ne sont pas en mesure, à ce jour, d’accueillir des patients. Les blocs opératoires, notamment, sont hors d’état. Il faut donc évacuer les patients dans un état préoccupant, en attendant la construction d’un hôpital de campagne pour ceux qui restent sur place. Pour autant, les soignants s’activent malgré tout afin de s’occuper des blessés les moins graves… « Nous n’avons pas dormi depuis que l’ouragan est parti en laissant nos îles dans un état de désolation absolue », témoigne Jérôme Perrin, chargé de mission à la protection civile sur Saint-Martin. « Le fait que nous devions intervenir sur des îles est particulier, mais aussi le fait que tout ces territoires soient concernés par la destruction, dans leur entièreté ».

 

Pompiers, personnels de la Sécurité civile, gendarmes et bénévoles de la Croix-Rouge, militaires et médecins sont arrivés sur place pour apporter aide et secours, après que l’ouragan de force 5 a littéralement dévasté les Antilles, et alors que deux autres phénomènes similaires, José et Katia, sont en approche. Près de 200 soignants suréquipés pour tenter de faire face aux besoins des habitants : du matériel médical, bien sûr, des médicaments, mais aussi des pompes d’aspiration, des balais, des pelles, des pioches… tout ce qui va permettre de rendre à nouveau utilisables les équipements, et permettre aux moyens de secours locaux de travailler à nouveau. Un pont aérien a été déployé par les secours entre Saint Barthélémy et Saint Martin. Pour l’heure, les 70 000 habitants de Saint Martin et les 10 000 habitants de Saint Barthélémy sont dans une situation sanitaire extrêmement précaire et préoccupante.

 

Les secours, soignants, urgentistes, pompiers, bénévoles, sont donc lancés dans une véritable course contre le temps : « Dans l’ordre, il faut d’abord restructurer le réseau de commandement », explique ainsi Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. « Cela signifie reconstruire la préfecture en urgence, les moyens de communication, les bâtiments hospitaliers, les réseaux de transport, l’aéroport… ces opérations sont supervisées par la Direction Générale de la sécurité civile. En attendant, nous avons monté un «hub logistique», c’est-à-dire une base arrière générale, qui supervise toutes les opérations de secours, les centralise et les organise de la manière la plus efficace possible. Compte tenu de l’état des territoires touchés, il a été installé en Guadeloupe, épargnée par Irma ».

 

L’autre urgence pour les secouristes, « c’est de faire le point sur les autres dégâts, grâce à des vols de reconnaissance aérienne organisés par l’armée, depuis sa base militaire en Martinique, de manière à pouvoir repérer si des personnes sont encore en situation de danger et leur porter assistance », explique la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, arrivée sur place. « C’est la mission première et incontournable des dispositifs de secours, évidemment, pour aider des personnes à se désincarcérer ou à se libérer des décombres, les aider à assurer leurs besoins vitaux, c’est-à-dire l’eau, la nourriture, les soins s’il y a des blessés, même légers : une petite blessure peut devenir une grosse infection dans des situations de précarité sanitaire comme en ce moment, sans eau, sans électricité, avec un environnement dégradé, Sali, et l’obligation de camper comme on peut en attendant la reconstruction. Les médecins, les infirmières, les pompiers, les bénévoles des associations humanitaires ont l’œil à cela car c’est vital ».

 

« On s’est attelé le plus vite possible aux problématiques d’hygiène et de logement », confirme ainsi le responsable des opérations à la Croix-Rouge française sur place, Florent Vallée. « Par exemple sur Saint-Martin, il n’y a plus d’eau potable puisque l’eau utilisable sur l’île provient de la station de désalinisation d’eau de mer, et que l’ouragan l’a mise hors d’état de fonctionner. On tente donc de réagir sur les deux fronts, celui de la station qu’il faut remettre en fonctionnement le plus vite possible, et celui de l’urgence vitale pour les habitants, qui doivent pouvoir s’hydrater et boire ». La Croix Rouge fournit donc, en attendant, 36 000 litres d’eau quotidiens aux résidents de l’île.

 

Pour Michael Bernier, lieutenant colonel au sein de DGSCGC (Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises), « le plus difficile reste d’affronter le timing serré des opérations, et d’adapter à ces contraintes de temps la logistique nécessaire pour apporter les meilleures réponses au meilleur moment, en fonction des besoins de chacun. Heureusement, nous travaillons à ces problématiques en dehors de moments de crise, et depuis 12 ans maintenant nous avons installé différentes plateformes d’interventions sur les différentes régions françaises. Il y en a une bien sûr pour les Antilles, que nous appelons PIRAC (Amérique / Caraïbes), de manière à savoir répondre à ce type de situation après le passage d’un ouragan de cette force. Nous travaillons en étroite synergie avec les services météo, et dès que la menace est confirmée, nous mobilisons nos effectifs, salariés, et bénévoles, plusieurs jours, voire plusieurs semaines en avance ».

 

Au lendemain de la catastrophe, bien sûr, malgré la meilleure préparation du monde, les champs d’action d’urgence sont immenses. L’ouragan Irma a fait au moins 9 morts et plusieurs disparus, que les secours doivent aussi tout faire pour essayer de retrouver en vie. « Un défi de taille », estime un médecin urgentiste du CHU de Pointe à Pitre en Guadeloupe, dépêché sur Saint Martin pour participer aux opérations de secours. « Il faut intervenir dans des zones recouvertes d’eau, inondées, mais aussi encombrées par des débris de toutes sortes. Les routes sont coupées, des arbres jonchent le sol partout, des toits envolés ont atterri dans les arbres encore debout et menacent de s’effondrer sur les passants…. C’est très difficile. Et de nombreuses zones d’intervention sont extrêmement périlleuses en termes d’accès des personnels soignants. Le trafic aérien étant inexistant, nous avons aussi peu de matériel, peu de réserves, et nous devons attendre qu’on nous en envoie davantage par voie maritime, ce qui prend forcément plus de temps. Nous devons faire, nous aussi, avec les moyens du bord ».

 

Selon Vincent Boichard, chef du contingent des forces de sécurité civile détachées sur le cyclone Irma, les interventions sont « d’autant plus délicates que tous les moyens de secours et d’intervention médicale sur place ont été réduits à néant ». Lorsque les secours seront assurés d’avoir mis en sécurité, soigné, assisté, assuré la survie de toutes les personnes en situation de nécessité, il faudra ensuite mener les opérations de reconstruction : déblayer, nettoyer, reconstruire… Mais aussi, avec des brigades canines spécialisées dans la recherche de personnes décédées, procéder à un bilan des morts emportés par la catastrophe. Au total, six dizaines de sapeurs pompiers de Paris et d’Ile de France ont été envoyés en renfort, une vingtaine de médecins et infirmiers, et une vingtaine d’experts en identification des victimes.

 

 

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