Pompidou : 9 blocs sur 24 fermés pour hygiène… l’état sanitaire des salles d’opération en question en France

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5Presqu’un tiers des blocs opératoires de l’hôpital européen Georges Pompidou vont devoir fermer une semaine au moins, pour raisons d’hygiène : 9 blocs sur 24, dans lesquels des prélèvements ont mis au jour la présence d’un champignon, l’aspergillus, dont les spores sont présents dans l’air et qui s’inhale très facilement. Ce champignon peut provoquer des infections et des mycoses, et s’il est souvent assez inoffensif, il peut être plus dangereux pour les asthmatiques ou les patients atteints de mucoviscidose. « La présence de ce champignon est incompatible avec la prise en charge de patients dans les blocs concernés », a estimé le docteur Najiby Kassis-Chikhani, responsable de l’hygiène dans l’établissement, ce qui a provoqué la tenue d’une réunion de crise immédiate. Trois services des urgences de Pompidou (urgences absolues, urgences orthopédiques et urgences viscérales) ont du être fermés, et le SAMU a reçu la consigne de diriger les patients pris en charge pour ce type d’urgence vers d’autres établissements de soins.

 

12Ce n’est pas la première fois que ce type d’incident oblige à fermer partiellement les services opératoires d’un hôpital, ce qui pose problème en particulier à la veille d’un jour férié comme le 14 juillet, qui va souvent de pair avec une saturation des urgences un peu partout en raison de la fermeture des cabinets médicaux. Mais aussi, plus globalement, en période d’état d’urgence en France, où le risque terroriste n’exclut pas de nouveaux attentats, auquel cas tous les établissements hospitaliers doivent pouvoir être en mesure de faire face à l’afflux potentiel de victimes en état critique. Depuis maintenant 15 ans, le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) alerte régulièrement les pouvoirs publics sur l’état sanitaire de certaines structures d’accueil hospitalières : champignons, comme c’est le cas actuellement à Pompidou, mais aussi légionellose, risque de présence de plomb, et diverses maladies nosocomiales. « Cela peut très vite poser problème, même si, en l’occurrence, le champignon à Pompidou n’est pas trop inquiétant puisque théoriquement toutes les personnes présentes dans les blocs portent des masques, et qu’un bon bionettoyage permet d’en venir facilement à bout. Mais quand on sait que, dans cet hôpital par exemple, sont opérés chaque année plus de 16 000 patients, rien n’est à négliger, tout peut rapidement prendre des proportions dramatiques », explique l’un des experts du CSTB joint par téléphone.

 

10« Le bloc opératoire est l’un des principaux lieux dans lesquels le risque d’infections hospitalières est élevé », estime le Réseau National des Infections liées aux Soins. « La prévention de ces risques passe par une politique d’hygiène rigoureuse auprès des personnels de santé, qui doivent constamment être sensibilisés au problème et être formés régulièrement sur les nouveaux risques, leur évolution, et les mesures de prévention mises en place. La propreté absolue des locaux et du mobilier doit être garantie par le respect des protocoles de  nettoyage et de désinfection adaptés aux différents moments de l’activité ». Face à la recrudescence de problèmes microbiens dans les blocs opératoires et les établissements hospitaliers, l’Organisation Mondiale de la Santé a même mis en place, en 2009, une « journée mondiale de l’hygiène des mains »… mesure insuffisante, manifestement, à en juger par les mises en garde répétées de différents « lanceurs d’alerte » dans les hôpitaux français.

 

17 urgences PompidouAinsi, à Marseille, une étude réalisée l’année dernière a révélé que moins d’un soignant sur 5 se lavaient les mains, avant d’entrer en contact avec un patient, et alors que l’étude avait été réalisée en pleine épidémie de grippe. Pire : seulement un tout petit quart (22%) des soignants se lave les mains… uniquement APRES avoir été dans ce que l’on appelle la « zone de sécurité » d’un malade. En d’autres termes, ces soignants là se préoccupe de l’hygiène pour eux-mêmes, plus que pour ceux dont ils ont la charge dans le cadre de leur travail à l’hôpital. Lors des derniers états généraux des infections nosocomiales, plusieurs mesures plus coercitives envers le personnel soignant ont donc été évoquées : puces de détection sous les semelles des sabots, et puces dans les endroits stratégiques (distributeur de solution hydro alcoolique, sanitaires, chambres des patients, bloc opératoire…), afin de détecter qui respecte scrupuleusement les 15 urgences Pompidouprotocoles – ou pas ; envoi de SMS aux soignants « négligents » ; alarmes à proximité des lits des patients, qui se déclencheraient en cas d’omission de la part du soignant de se laver les mains avant de pénétrer dans la chambre… Des mesures qui, pourquoi pas, pourraient se révéler efficaces (les puces sous les sabots testées dans certains hôpitaux ont permis de multiplier par deux la fréquence de lavage des mains du personnel), mais qui ne sauraient remplacer la bonne conscience professionnelle des agents hospitaliers : en France, 1 patient sur 20 est victime chaque année d’une affection nosocomiale, soit plus de 15 000 personnes par an selon l’Institut de veille sanitaire, qui précise que « ce pourcentage ne diminue pas depuis maintenant 10 ans ».

 

 

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