Pour ou contre l’euthanasie : le grand débat


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familleC’est le collectif « Se soigner dans la dignité » qui vient de remettre le débat de l’euthanasie sur la table : se disant « apolitique et aconfessionnelle », cette association d’étudiants en médecine se mobilise contre l’euthanasie et s’organise dans toutes les facultés de France pour se faire la porte-parole de la loi Leonetti sur la fin de vie. Ces étudiants estiment en effet que ce n’est pas conforme au serment d’Hippocrate que d’être à la fois « la main qui soigne et la main qui tue ». Au total, 1200 personnes forment aujourd’hui ce collectif pourtant à peine né, créé fin avril 2014.

 

medecin« Le serment d’Hippocrate, on le prête en des termes clairs : je ferai tout pour soulager les souffrances, je ne prolongerai pas abusivement les agonies, je ne provoquerai jamais la mort délibérément », explique le secrétaire général de l’association. Pour le collectif, la loi Leonetti de 2005 ne doit surtout pas être remise en cause… Cette loi qui, rappelée il y a encore quelques mois par l’Académie de Médecine (consultée par le Conseil d’État sur l’affaire Vincent Lambert), stipule que « l’arrêt de la vie en réponse à une demande volontaire à mourir alors que la vie en elle-même n’est pas irrémédiablement parvenue à son terme, ni irrémédiablement menacée, ne peut être assimilée à un acte médical. Sans équivoque, et quand bien même il s’agirait seulement d’une aide au suicide, il n’est pas dans la mission du médecin de provoquer délibérément la mort ».

 

souffranceOù, alors, se situe la frontière entre l’obstination déraisonnable et la mission de soigner ? Entre le maintien artificiel en vie et la privation de soins ? Vaste débat… qui n’en finit plus de passionner la France. François Hollande, lui, avait clairement pris position pendant la campagne électorale des présidentielles. Sa proposition numéro 21 était rédigée ainsi : « Moi, candidat, je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable et qui ne peut pas être apaisée, puisse demander dans des conditions précises et strictes à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Manuel Valls, le premier ministre, a pour sa part été le rapporteur il y a cinq ans d’une proposition de loi pour « autoriser l’aide active à mourir ».

 

presidentUne aide à mourir dans la dignité ardemment souhaitée par de nombreux proches de malades, ou au contraire violemment refusée… à l’instar des passions qui déchirent la famille de Vincent Lambert, dont les parents souhaitent le maintien à l’hôpital malgré un état végétatif chronique, tandis que son épouse réclame le droit à le laisser partir dignement. Ironie de la vie, le sort a voulu que ce soit un quasi homonyme de Vincent Lambert, le jeune Vincent Humbert, qui ait, parmi les premiers, réclamé un changement culturel et politique de la France vis-à-vis de l’euthanasie. Né en 1981, mort en 2003, ce pompier volontaire tétraplégique après un accident de la route, aveugle et muet, avait écrit au Président de la République Jacques Chirac pour lui exprimer son désir de mourir. Le 24 septembre 2003, avec l’aide d’un médecin, Marie Humbert, sa maman, provoque le décès de son fils pour répondre à son ultime volonté. La mère comme le praticien ont bénéficié d’un non-lieu trois ans plus tard, en février 2006. Une décision judiciaire qui avait ravivé la polémique, après les déclarations du masseur kinésithérapeute de Vincent, qui avait déploré « la récupération de l’affaire par des associations pro-euthanasie, ayant brodé tout ce qu’il fallait de douloureux, de souffrance et d’horrible alors que Vincent n’avait pas mal physiquement. (…) on a ajouté tout cela pour faire passer une idéologie, on a manipulé la vérité et l’opinion ».

 

patientMême si cela était vrai, néanmoins, Vincent Humbert avait clairement exprimé son désir de mourir. Le fond du problème finalement, c’est le droit de chacun à décider de finir sa vie au jour où il l’aura décidé, même s’il n’est plus capable de mettre seul son projet à exécution… La loi Leonetti, votée en 2005 à la suite directe de l’affaire Humbert, avait d’ailleurs pour but de proscrire l’acharnement thérapeutique… tout en rappelant fermement que l‘euthanasie active reste interdite. Elle prônait aussi le développement des soins palliatifs. Mais pour beaucoup, elle reste insuffisante. Elle permet juste au patient de refuser tous les traitements qui lui sont proposés, y compris s’ils entraînent sa mort, ou encore, elle permet aux médecins d’arrêter des traitements curatifs même si cela peut avoir pour effet secondaire le décès du patient. Trop cruelle agonie, selon 89 % des Français qui souhaitent que « soit autorisé le recours à l’euthanasie active pour les personnes qui en feraient la demande », selon un sondage Ifop réalisé en octobre 2012 pour l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité (ADMD). En octobre 2008, le cas de Chantal Sébire avait aussi profondément marqué les mentalités des Français. Cette institutrice, atteinte d’une tumeur rare et spectaculaire, avait largement médiatisé ses souffrances pour obtenir le droit de mourir dignement et faire avancer la société française sur la fin de vie accompagnée.

 

santeJuste après son élection, François Hollande a donc demandé une mission de réflexion sur la fin de vie au Professeur Didier Sicard. Le rapport de ce dernier conclut sans ambiguïté qu’il faut « faire droit aux attentes et aux espérances des citoyens à l’égard de la fin de vie », et reste largement ouvert à « une évolution concernant l’assistance au suicide » pour permettre, par exemple, à un malade en phase terminale, d’absorber un produit mortel et de disposer ainsi d’un «recours ultime». Une loi devrait voir le jour en 2014, voire même d’ici l’été, pour compléter la position de la France sur la fin de vie. Pas trop tôt pour certains proches de malades, après des années d’attente et de souffrance. « En dix ans, depuis la mort de Vincent, on n’a pas avancé ou si peu », déplorait Marie Humbert, la mère de Vincent, fin 2013.  « On n’avance pas, on est les derniers. J’avais promis à Vincent de me battre pour qu’un enfant n’ait plus jamais besoin de demander à sa mère de l’aider à mourir (…). L’élection de François Hollande m’avait mis du baume au cœur. Mais je trouve que le grand débat annoncé tarde à venir ».

 

enfantIl faut dire qu’en face, les détracteurs sont aussi nombreux que les partisans de la fin de vie accompagnée. Les étudiants en médecine du collectif « Soigner dans la dignité » ne sont pas seuls à alerter sur les dangers d’une politique jusqu’au-boutiste quant à la fin de vie. Tous, citent ainsi la Belgique, le premier pays au monde à avoir légalisé en février l’euthanasie pour les enfants et adolescents affrontant « des souffrances insupportables », texte adopté sans difficulté par les députés comme par les sénateurs.  En Belgique, l’euthanasie est légale pour les majeurs depuis déjà 12 ans. Et notre voisin veut aller encore plus loin : mi-mai 2014, dans un document officiel, les médecins de la Société Belge de Médecine de soins intensifs ont carrément déclaré que « sera désormais reconnu à tout médecin le droit d’euthanasie, sans crainte de poursuites judiciaires, également les patients qui ne souffrent pas, ne sont pas âgés, et ne l’ont pas demandé, pas plus que leurs parents, dès lors que les sujets ne semblent plus en avoir pour longtemps à vivre ». De là à étendre l’euthanasie aux aliénés mentaux, il n’y a qu’un pas… les dérives possibles font autant froid dans le dos que l’insupportable agonie d’un Vincent Humbert ou d’une Chantal Sébire. C’est toute la difficulté d’une réflexion juste et humaine sur un enjeu de société aussi crucial que celui là.

 

 

8 réflexions au sujet de « Pour ou contre l’euthanasie : le grand débat »

  1. Mido Déjiha.

    L’avis des médecins, de la famille, des amis, des uns et des autres… Merci d’être aussi attentionné, de vouloir me défendre envers et contre tous.
    Mais, dites moi, mon souhait à moi, mon choix librement et maintes fois exprimé, qu’en faites-vous ? Mon choix/souhait de ne pas vivre mon agonie, qu’en faites-vous ?
    Vous m’imposeriez cette « survie » que je ne souhaite pas ?
    À quel titre, de quel droit ?
    Cordialement, Mido.

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    1. Elke

      L’agonie est courte. C’est la fin de vie qui peut être longue. De peur de l’agonie, on se prive pourtant de la vie qui reste, à projeter sur les autres notre désarroi, notre peur, notre colère …. et de séjourner dans la spirale de la violence qui se met en écran à la joie de vivre. J’ai accompagné des malades en fin de vie qui ont pris à bras le corps le travail psychique nécessaire pour accepter le verdict de fin de vie, pour affronter lucidement le dernier chapitre de leur vie. C’est beau, émouvant quand ils partent, une fois le travail fait. Tout le monde ne réussit pas. A qui la faute? J’ai assisté en tant qu’infirmière à un décès provoqué, et il me hante toujours. Pour ma part, j’aimerais pouvoir compter sur des humains qui m’aident à traverser ce temps difficile de la maladie, à transformer l’inacceptable en sens porteur d’espoir pour ceux qui restent. On ne peut faire ça tout seul. On a besoin de temps, d’écoute, de partage. Comme à l’aube de la vie, nous sommes infiniment dépendant du groupe au crépuscule, et faire confiance dans la vie, c’est pouvoir s’appuyer sur nos semblables en cas de détresse.

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  2. Largillier

    « La mort miséricordieuse »… terminologie du Dr Carl Brandt, médecin et longtemps proche collaborateur d’Hitler, qu’on retrouve sous la plume d’Hitler ! (archives de la Wermart)

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    1. FEVRIER

      Merci au collectif « se soigner dans la dignité » .Je suis infirmière et pour avoir accompagné des patients en fin de vie je suis tout à fait contre l’acharnement thérapeutique et pour la prise en compte de la douleur physique et morale . Mourir les yeux ouverts me semble être possible si on est bien accompagné c’est à dire si les soignants , les parents , les amis assument pleinement leur rôle en mettant entre parenthèse leur propre angoisse au sujet de la mort et en acceptant de « perdre  » du temps auprès de celui qui va mourir .La mort naturelle prise en charge par les moyens préconisés par les soins palliatifs donne la possibilité de vivre des moments de vraie humanité qui apaise le patient et laisse des souvenirs éternels pour les proches .Je l’ai vécu et j’espère continuer à le vivre tant que je serais en mesure de soigner et d’écouter .Bonne continuation à ce collectif , que le gouvernement ne prenne pas de décisions sans s’être posé les bonnes questions. Merci M.Hollande de prendre en compte les requêtes de ce collectif . Une corrézienne !!!
      Muriel

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  3. fouquier evelyne

    Aide-soignante retraitée ,j’ai été la confidente souvent pendant mon parcours professionnel de malades en fin de vie et des familles accompagnantes :Je suis pour l’euthanisie ; c’est une souffrance inhumaine que l’on impose pour les familles et les malades ,penser aussi aux gros aliénés mentaux , toutes les maladies incurables qui donnent une perte d’autonomie importante et une charge financière et fatigue aux familles A partir du moment qu’une personne atteinte de pathologie incurable demande à mourir , accepter sa demande

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  4. Nunez

    j’ai travaillée dans un hôpital ou j’ai vue des gens en fin de vie j’en pleurais en rentrant chez moi ,alors je penses que pour des gens en fin de vie qui souffrent ils faut les aider à ne plus souffrirent .je suis pour l’euthanasie meme pour moi si un jour je me retrouve de leur situation.merci aux médecins et les soignants.

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  5. REAL

    Merci à Murielle dont je reprends les propos lucides et réalistes, profondément humains :

    Je suis infirmière et psychologue en maisons de retraite, et pour avoir accompagné des patients en fin de vie, je suis tout à fait CONTRE l’acharnement thérapeutique et POUR la prise en compte de la douleur physique et morale. Pour aider à ce débat si délicat, LISEZ LA SUITE :

    Mourir les yeux ouverts me semble être POSSIBLE SI on est bien accompagné c’est à dire si les soignants, les parents , les amis assument pleinement leur rôle en mettant entre parenthèses leur propre angoisse au sujet de la mort et en acceptant de « perdre » DU TEMPS AUPRES DE CELUI OU CELLE QUI VA MOURIR. La mort naturelle prise en charge par les moyens préconisés par les SOINS PALLIATIFS donne la possibilité de vivre des moments de vraie humanité qui apaise le patient et laisse des souvenirs éternels pour les proches. Je l’ai vécu de nombreuses fois. Alors SVP luttons pour des moyens conséquents pour les soins palliatifs, au lieu de demander à tout va un droit à l’euthanasie.
    (Cela, bien sûr, ne résoud pas le grave problème des personnes ne pouvant exprimer leur consentement. C’est pourquoi il faut faire connaître ses « volontés anticipées » qui aident grandement les équipes (et familles) à aller dans le sens du choix de la personne souffrante.)

    Cristiane, infirmière et psychologue clinicienne.

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  6. makem

    j’interviens comme chretienne la vie ne nous appartient pas elle nous a été donné par grace et nous n’avont pas le droit de l’interompe.

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