Un numéro d’urgence unique en France, en 2016 ?

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5Il y a le 112, le numéro d’appel d’urgence européen, mais aussi le 15 pour le SAMU, le 17 pour la police, le 18 pour les pompiers, le 114 pour les sourds et malentendants, le 115 pour les urgences sociales, le 119 pour les enfants maltraités, le 191 pour le sauvetage aéronautique, le 196 pour les secours en mer… La France est devenue, au fil des ans, championne toute catégorie des numéros d’urgence : il y en a onze, en tout ! Au départ, chacun d’entre eux a été mis en place pour simplifier la vie aux usagers… Mais aujourd’hui, ils sont trop nombreux pour que chacun puisse tous les mémoriser, et il est devenu difficile, pour le public, de s’y retrouver. Surtout, cette situation génère des surcoûts et des complications, en termes de coordination des moyens, pour les différents services d’urgences… et donc, des surcoûts pour le contribuable. D’ailleurs, un simple petit tour dans la rue suffit pour se rendre compte : quand on demande aux passants quel numéro il faut faire en cas d’incendie, d’agression ou de maladie, ils se mélangent quasiment tous les pinceaux… Certains inventent même de nouveaux numéros comme le 16 ou le 19, qui, en réalité n’existent pas !

 

4Les pompiers, ont donc pris l’initiative : lors de leur dernier congrès, à Agen, ils ont demandé officiellement l’abandon des différents numéros d’appels dédiés aux urgences, en France, pour n’en retenir qu’un seul. Car aujourd’hui, chaque numéro d’urgence a son système de traitement des appels : à eux seuls, les pompiers gèrent une centaine de centres dans l’Hexagone, auxquels il faut ajouter les 400 standards de la Police, de la Gendarmerie et du Samu. Le problème, c’est que cela coûte cher, alors pour réaliser des économies, et éviter ainsi la fermeture de casernes, les pompiers proposent cette mesure radicale qui consiste à radier le 18, leur numéro fétiche, pour une généralisation du 112 qui deviendrait le seul et unique numéro d’appel d’urgence. Un gage d’efficacité pour Philippe Rigaud, colonel des pompiers dans le Lot-et-Garonne : « C’est évidemment beaucoup plus facile à mémoriser pour la population, et puis surtout cela permet de faire en sorte que les différents services d’urgences échangent et communiquent en direct et en temps réel, ce qui permet des envois de secours à la fois beaucoup plus efficaces, plus rapides, et plus économiques puisqu’on a de meilleurs chances d’éviter les doublons inutiles ».

 

9Dès janvier 2016, dans une quinzaine de jours donc, les pompiers et la police de Paris vont expérimenter cette mise en commun de leurs centres d’appel : « A terme, cela devrait permettre d’économiser, au total et dans toute la France, plus de 100 millions d’euros », explique Éric Florès, conseiller technique à la FNSPF, la Fédération Nationale des Sapeurs-pompiers de France. « Ce que nous proposons, nous, c’est de créer une dizaine ou une vingtaine de très grands centres dédiés aux appels du 112 dans toute la France, répartis sur le territoire en fonction des bassins de populations, de manière à ce que les citoyens y voient à nouveau clair et soient tous bien au fait du seul et unique numéro d’urgence qu’ils doivent connaître par cœur et apprendre à leurs enfants ou à leurs parents âgés, en cas de problème. Aujourd’hui, les gens n’y comprennent plus rien, c’est devenu illisible pour eux, et surtout, ce n’est pas efficace puisqu’ils se mélangent les pinceaux, appellent un numéro à la place d’un autre, il faut les rediriger, il y a du temps de perdu et de l’argent jeté par les fenêtres ».

 

16Et de fait, dans ce domaine, la France est très en retard, par exemple par rapport aux Etats-Unis où il n’y a qu’un seul numéro d’urgence, le 911, depuis déjà des années. « Ne pas mettre en place le numéro unique, c’est continuer la gabegie financière, pour rien », analyse ainsi Jean de La Richerie, expert en la matière. « A chaque fois que l’on rajoute un nouveau numéro d’appel, cela multiplie les charges de fonctionnement par le nombre de numéros répertoriés, et les expériences ont montré que partout où était mis en place un numéro d’appel d’urgence unique, les secours gagnaient en moyenne 30 secondes par appel et 5 minutes pour l’intervention. Vous imaginez, au bout d’une journée, le nombre de personnes supplémentaires que l’on peut prendre en charge, le nombre de vies que l’on peut sauver ? Tout en économisant de l’argent ! Les technologies existent, le problème de la France aujourd’hui, c’est la mise en place effective, il faut une décision politique et une volonté de l’Etat de franchir le pas ».

 

20Surtout, ce type de réforme permettrait de mettre en place une base de donnés communes à tous les services d’urgence, et donc, d’améliorer très nettement la qualité et l’efficacité des prises en charge : les services d’urgences médicales pourraient alerter les services de police ou de gendarmerie en cas d’assistance à un individu recherché, par exemple, ou fiché ; les différents services de soins pourraient partager les dossiers médicaux des patients, connaître immédiatement leurs antécédents, leurs allergies, leur volonté quant au don d’organes… Les services sociaux pourraient également améliorer leur prise en charge des bénéficiaires en mauvaise santé, mal nourris, mal soignés par le passé, etc. Enfin, et c’est peut-être le plus important, cela permettrait de mettre en place un système commun de géolocalisation, pour savoir immédiatement depuis quel endroit sont passés les appels de détresse. Un gain de temps et d’efficacité évident en cas d’urgence vitale et de victimes très nombreuses, en cas de nécessité, aussi, d’une intervention simultanée des forces de police et de secours. Comme ce fut le cas lors des attentats de Paris, ce 13 novembre 2015.

 

 

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