Un an après l’attentat de Nice : les soignants encore meurtris

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On rend beaucoup hommage aux victimes des attentats, et c’est normal. On pense moins souvent aux soignants, pompiers, urgentistes, ambulanciers, brancardiers, médecins, chirurgiens, anesthésistes, infirmiers, aides-soignants, et tous les autres, qui ont contribué cette nuit là et les jours suivants à soigner les victimes, à essayer d’en sauver beaucoup qui finalement ont fini par succomber à leurs blessures. On pense moins, aussi, à ceux qui continuent à aider les victimes blessées et porteuses de lourdes séquelles, médecins traitants, kinésithérapeutes, etc, qui continuent à assister au jour le jour aux ravages commis par ce camion bélier qui a foncé dans la foule il y a un an exactement, sur la Promenade des Anglais.

 

Et pourtant, ils étaient en première ligne, ils le sont encore pour certains, et eux aussi sont des êtres humains que le choc a meurtri, malgré l’aguerrissement professionnel. On a beau être soignant et préparé au pire, cela marque une vie lorsque 86 personnes sont tuées, écrasées, broyées par un poids lourd lancé à pleine vitesse dans la foule… dont de nombreux enfants. « Les enfants sont les premières victimes prises en charge par les secours, il y a le stress immense des parents à gérer, et le notre aussi, parce que chacun d’entre nous a des enfants, donc immanquablement on se projette. Et parce que nous sommes tous vulnérables à la souffrance d’un enfant ou au fait qu’il puisse mourir dans nos bras », explique la responsable du service des urgences de l’hôpital pédiatrique de Nice, situé juste derrière la promenade des Anglais.

 

Ce soir là, le 14 juillet 2016, c’est le Centre Hospitalier Universitaire de Nice qui prend en charge les arrivées massives de blessées, dont beaucoup le sont grièvement, et même dans un état critique. A la direction des ressources humaines de cet hôpital, l’hôpital Pasteur, un signe ne trompe pas, qui indique à quel point le traumatisme de cette nuit là est encore vif : les demandes des uns et des autres à la planification, pour le 14 juillet. « Il y a ceux pour qui c’était indispensable et même catharsistique de travailler le jour J de la date anniversaire, une manière d’ancrer d’autres 14 juillet dans leur vie professionnelle que cette nuit de carnage. Et puis, il y a ceux qui sont tout simplement incapables de venir travailler le jour où on se souviendra, où tout remontera inévitablement à la surface, dans toute sa crudité et toute sa cruauté », analyse un responsable des ressources humaines.

 

Ce 14 juillet 2017, un an jour pour jour après que la promenade des Anglais a été transformé en scène d’épouvante, les images, les visions, imprimées sur la rétine et au fond de l’âme de tous ceux qui ont approché de près les dizaines de blessés et de morts, resurgissent fatalement avec une précision clinique. Les soignants étaient 400 sur le terrain le soir de l’attentat, près de 2000 sur le pont 24 heures sur 24 les jours suivants. Impossible d’en sortir indemne. « On a vu, la peur sur les visages, le sang, l’horreur, on a entendu les cris, le crissement des pneus pour ceux qui n’étaient pas en service et étaient dans la foule, avec le public, et qui sont intervenus comme ils pouvaient en attendant le matériel et les équipes de secours. Toute l’année ils ont soigné, écouté parler les témoins traumatisés et bien sûr, les blessés ou les familles de victimes. Je pense aux médecins comme moi, je pense aussi aux psychologues chargés de la prise en charge de tout ce monde choqué », raconte un médecin urgentiste, intervenu ce soir là.

 

« Et parfois pour les soignants c’est plus difficile de tourner la page, de transformer la douleur ou le traumatisme en élément de vécu avec lequel on apprend à continuer l’existence », analyse un médecin anesthésiste, qui a passé plus de 30 heures au bloc opératoire après l’attentat. « Parce que nous sommes là pour soigner les autres, écouter les autres, et que finalement peu d’entre nous prenons le temps de nous soigner et de nous faire soigner nous-mêmes, de parler à des professionnels nous-mêmes. Parce qu’il est naturel de penser que c’est notre travail et que nous nous en sortirons, mais justement : à cause du sang froid dont il a fallu faire preuve cette nuit là pour porter assistance aux victimes, nous avons tous repoussé le plus loin possible de notre conscience immédiate ce que nous étions en train de vivre, nous avons fait blocage aux émotions pour être efficaces dans notre gestion de crise et être à 150% avec les victimes. Mais du même coup, nous avons refoulé énormément de chose qui sont revenues nous hanter ensuite avec une violence inouïe ».

 

Ce 14 juillet 2017, jour de commémoration et de recueillement, n’oublions pas d’avoir une pensée pour les soignants, toutes professions confondues, qui se sont investies pour tenter de sauver des vies il y a un an. Des témoins de l’horreur sans lesquels, sans doute, le bilan eut été bien plus dramatique encore.

 

 

Une réflexion au sujet de « Un an après l’attentat de Nice : les soignants encore meurtris »

  1. photographie Nice

    Même un an après cette tragédie, on s’en souvient comme si c’était hier. Merci à l’ensemble du personnel du corps d’aide soignant qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour aider les blessés. Les pertes auraient été plus lourdes sans leurs interventions.

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