Calais : gros plan sur ces médecins et infirmiers qui soignent les migrants de la jungle


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6On parle peu d’eux, et même très peu… Pourtant, ils abattent chaque jour un travail de titan dans le camps de migrants de Calais, ces médecins qui viennent pour soigner, vacciner, écouter les milliers de migrants Syriens, Afghans, Irakiens, Soudanais, Érythréens qui vivent à Calais dans des conditions sanitaires « catastrophiques », selon le mot employé par Médecins du Monde. L’organisation humanitaire, très présente sur le terrain, part chaque semaine à la rencontre de ceux qui vivent ici, souvent après un voyage éprouvant qui a marqué leur corps et leur esprit, et encore avant cela, vécu la guerre, la torture et la peur dans leur pays d’origine.

 

Aux abords du camp ou à l’intérieur, les soignants de Médecins du Monde font ce qu’ils peuvent : distribuer de l’eau pour éviter la déshydratation qui frappe les plus faibles, fatigués par les conditions de vie et la canicule; apporter les soins de première nécessité aux malades, aux femmes enceintes, aux plus âgés ou aux plus petits. « La situation reste catastrophique pour de nombreux migrants qui transitent dans la région nord littoral pour essayer de rejoindre l’Angleterre », explique le docteur Corty de Médecins du Monde, qui connaît par cœur la situation sur place. « Cette situation dure depuis le début des années 2000 et n’a jamais été aussi compliquée. Il y a souvent des tensions, car chaque soir ou presque les migrants essaient de passer par centaines vers l’Angleterre, souvent au péril de leur vie. Ils sont à bout, déterminés à passer, quitte à arrêter des camions en s’allongeant directement sur la route ou à franchir des barbelés qui les blessent ».

 

12En dehors des heures de la nuit où ils essaient de franchir la Manche, les migrants tentent de dormir, et ce sont les heures de distribution des repas qui rythment leur journée sur le camp. Mais les moyens d’accès à l’hygiène restent extrêmement limités. Quand elle n’est pas dans la jungle même, Médecins du Monde se rend régulièrement dans les dunes de Calais et sur les abords de l’autoroute A16. « On soigne des rages de dents, une infection urinaire, une blessure mal désinfectée ou une otite, et tous les petits maux qui se multiplient chez les réfugiés et finissent par devenir chroniques à force d’être mal soignés. On donne les soins sur place quand c’est possible, ou bien on organise le transport vers l’hôpital ou le centre de soins le plus proche. On s’occupe d’une cinquantaine de blessés légers chaque semaine », raconte une jeune bénévole.

 

5L’organisme humanitaire a mis en place une permanence d’accès aux soins de santé, appelée « le Pass » par les soignants. Sommaire, installée dans un préfabriqué à quelques encablures de l’hôpital de Calais, elle se compose d’une salle d’attente pour les femmes et les filles, et d’une autre pour les hommes et les garçons. Les médecins y disposent aussi d’un cabinet pour les consultations, et d’un bureau pour l’administratif. Enfin, des sanitaires et des douches. Dans les salles d’attente, impossible d’asseoir tout le monde : ils sont toujours au moins une trentaine à attendre leur tour. Les docteurs sont débordés, impossible de voir tout le monde dans la journée. Dans le camp, Médecins du Monde a aussi installé un « wash mobile » pour permettre sur le camp un minimum d’hygiène avec cabines de douches, WC et distribution de kits d’hygiène.

 

3Mais cela ne suffit pas toujours à contenir les épidémies : ainsi, en février 2016, plusieurs cas de rougeole avaient conduit les soignants à organiser une campagne de vaccination d’urgence pour plus de 2000 personnes sur le camp. « Car dans des camps comme la jungle, les pandémies surgissent très vite, les virus et les germes se propagent plus vite qu’ailleurs », explique un responsable de l’ARS, l’Agence Régionale de Santé. Dans ces cas là, les soignants eux mêmes sont régulièrement concernés par les mesures de soin et de prévention : ainsi, sur place, des équipes de Médecins Sans Frontière qui interviennent aussi très souvent ont dû se faire également vacciner en urgence en février dernier. Un rapport commandé par le ministère des Affaires Sociales et par le ministère de l’Intérieur il y a un peu moins d’un an, confirme d’ailleurs que « dans les conditions d’hébergements malsaines, de difficile accès à l’eau et de surpopulation de la jungle, les facteurs pouvant favoriser les épidémies sont favorisés ». D’autant que « la fatigue physique et psychologiques des migrants facilitent le développement de complications ».

 

2Le 1 er août dernier, Médecins du Monde a lancé un appel à recrutement sur Calais, Grande-Synthe et Dunkerque : avec ses 9 salariés et ses 12 bénévoles sur le secteur, l’association ne s’en sort pas. « Nous manquons de bras pour aiguiller les réfugiés vers la bonne personne pour les soins ou les démarches, mais aussi pour effectuer des maraudes sanitaires durant lesquelles on va repérer qui a le besoin de soins le plus urgent », explique la déléguée régionale de l’Association. « Il nous faut aussi du personnel pour apporter une aide psychologique aux réfugiés. L’urgence de soins corporels est telle qu’on en oublie l’importance de l’écoute et de l’assistance morale, pourtant vitale pour ces gens qui ont vécu un traumatisme absolu dans le pays qu’ils ont fui, puis pendant leur voyage. Certains ont failli mourir plusieurs fois ou ont perdu des proches, un conjoint, un enfant, un frère ou un parent. L’aspect psychologique est la plupart du temps oublié dans les soins apportés aux migrants, alors qu’après ce qu’ils ont vécu ils sont très nombreux à souffrir d’un syndrome de stress post traumatique important et qu’il est nécessaire de traiter. En priorité chez les enfants, ils sont plus d’un millier dans la jungle actuellement ». 

 

8Sur place, les associations humanitaires cherchent à recruter des médecins, des infirmiers et infirmières, des psychologues donc, mais aussi des médiateurs, des travailleurs sociaux, des éducateurs, des interprètes etc… Les personnes recrutées comme salariées et les bénévoles sont bien sûr formés avant de se rendre sur la jungle. Les mi-temps et les quart-temps sont aussi les bienvenus, en complément d’une autre activité professionnelle.

 

 

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