Etudiants infirmiers : otages des établissements de santé privés


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etudiantFin février, le gouvernement annonçait une baisse des tarifs dans les cliniques privées. La riposte n’a pas tardé : la Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP) a décidé de ne plus accueillir aucun étudiant infirmier à partir du 1er mars. Résultat : des milliers d’élèves qui devaient commencer leur stage ce lundi 3 mars se retrouvent sur le carreau. Et doivent trouver en urgence un nouveau stage dans le secteur public, où les stagiaires sont déjà en sureffectif. L’effet boule de neige ne s’arrête pas là : révoltés d’être « traités comme une monnaie d’échange » entre l’Etat et les directions des cliniques et hôpitaux privés, les étudiants infirmiers montent à leur tour au créneau, avec des manifestations dans plusieurs grandes villes de France ce mardi 4 mars 2014.


IFSIIl faut dire que chaque année, pas moins de 35 000 étudiants infirmiers de première, deuxième et troisième année, sur un total de 90 000, sont acceptés en stage dans les établissements du privé. Des stages qui, loin d’être facultatifs, sont au contraire absolument obligatoires pour valider leurs acquis et donc, décrocher leur diplôme. Les stages représentent la moitié du temps de formation, sur la totalité des années d’études pour devenir infirmier.

 

infirmiersC’est un arrêté publié le 28 février 2014 par le Ministère de la Santé, qui a mis le feu aux poudres. Avec la baisse de tarifs annoncée, les cliniques privées se considèrent comme lésées par rapport au secteur public : « Nous sommes en position de blocage face à un gouvernement qui refuse le dialogue et dont la volonté manifeste est de nous nuire », explique Lamine Gharbi, responsable de la FHP-MCO, la branche Médecine-Chirurgie-Obstétrique de la fédération de l’Hospitalisation Privée. « La FHP regroupe 100 établissements, les deux tiers au moins nous ont assuré qu’ils respecteraient le boycott des stages ».

 

etudiantsPour la Générale de Santé, premier groupe d’hôpitaux privés français, c’est carrément du sabordage : « Ces douze dernières années, presque la moitié des établissements privés ont été contraints à se regrouper et même à disparaître. Ces douze dernières années, seulement 2% des établissements publics ont connu le même sort ! ». La baisse des tarifs du privé apparaît donc comme une nouvelle pierre dans le jardin de la FHP, dont les membres ont toujours compensé par des tarifs plus élevés l’absence ou la rareté des subventions publiques.

 

stagePour les étudiants, futurs infirmiers et infirmières, la situation est tout simplement insupportable : eux, estiment n’être pour rien dans les dissensions dont ils sont pourtant directement victimes. « Que ce soit pour les premières, les deuxièmes ou les troisièmes années, c’est une catastrophe ! Vous imaginez devoir rattraper un stage de dix semaines pendant les vacances d’été, qui ne durent d’ailleurs que huit semaines ??? Ou alors, être réaffecté dans d’autres stages publics, et vous retrouver en surnombre, dans des services surchargés et donc avec un encadrement médiocre ? », s’indigne Karine Durand, présidente de la FNESI, la Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers. « Aujourd’hui, les infirmières travaillent déjà à flux tendu, elles ont déjà du mal à encadrer les étudiants ! La pédagogie sera encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà, ce qui va obligatoirement être source d’erreurs. Et donc, on va avoir un impact à la fois sur la prise en charge des étudiants, et sur la prise en charge des patients et la qualité des soins qu’on va leur apporter. Franchement, où va-t-on ??? »

 

hopital« C’est terriblement stressant », explique Pierre, 21 ans, étudiant en deuxième année à Lille. « Au dernier moment, on nous dit de trouver autre chose par nous-mêmes ! Je me retrouve en catastrophe dans la maison de retraite de ma grand-mère, alors que je veux être infirmier anesthésiste et que j’avais décroché un stage en bloc opératoire ! D’autres de mes amis se retrouvent dans des cabinets d’infirmières libérales, alors qu’ils veulent travailler en milieu hospitalier ! Tout se fait à l’arrache, alors que nous avions tous pris nos précautions pour faire des stages efficaces, dans les secteurs qui nous intéressaient. »

 

etudianteEvidemment, pour les établissements privés, le but n’est pas de pénaliser les élèves, mais de poser un « ultimatum » au gouvernement. « Nous avons de l’empathie pour les étudiants, mais si demain les cliniques privées n’existent plus, le problème ne se posera plus ! » explique encore Lamine Gharbi pour la FHP. « Ce refus d’accueillir les stagiaires est pour nous un moyen fort et important de montrer que nous assumons une mission de service public pour laquelle nous ne sommes pas rémunérés. »

 

manifestationMalgré la fronde et les manifestations estudiantines de ce mardi, la Ministre de la Santé n’a pour l’instant pas cédé. « 100% des étudiants auront un stage », a assuré Marisol Touraine. « Et cela, grâce à la mobilisation du Ministère, des hôpitaux publics, des Instituts de lutte contre le cancer, des EHPAD etc… ». Avant d’ajouter : « Je trouve que l’attitude des cliniques n’est pas bonne. Elles n’ont rien à gagner à transformer les étudiants en pions sur un jeu qui ne les concerne pas. »

 

 

2 réflexions au sujet de « Etudiants infirmiers : otages des établissements de santé privés »

  1. Schiff

    Bonjour,
    Je suis IDE depuis 25ans .A vous les élèves infirmiers,je vous plaint de topât mon coeur.Non seulement on vous traitais déjà comme de la merde dans les services mais en plus maintenant vu le travail effectué par les infirmières actuellement partout,je pense que vous devriez prendre cela comme un signe et au contraire changer vite de boulot.

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  2. langlois

    Je suis infirmière depuis 24 ans et je vous plein vous la relève. j’ai vu les conditions de travaille se dégrader au fil des années et de ce fait l’encadrement des stagiaires devenir de plus en plus difficile.Je suis très contente que ma fille ait laisséé tomber ses études d’infirmière pour devenir aide-soignante. Bon courage a tous eux qui veulent néanmoins devenir IDE .

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