Hausse du suicide chez les 15-29 ans : que font les professionnels de santé ?

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4Dans ce blog, nous avons toujours souhaité pouvoir vous parler de tout, et que vous puissiez, vous aussi, poser toutes les questions qui vous tiennent à cœur, réagir, et trouver, parfois, nous l’espérons, quelques réponses. Nous avons parlé des assistants sexuels, de la drogue, de la maladie, de la mort, de l’euthanasie, du don d’organe, du handicap, de la prostitution, de l’hygiène de vie, du Ramadan… Mais il y a un sujet que nous n’avons pas encore abordé, et qui, globalement, reste extrêmement tabou en France : le suicide des adolescents. Notre choix, cette semaine, c’est donc d’aborder cette question grave et triste, alors qu’il y a exactement un an, l’Organisation Mondiale de la Santé publiait seulement son premier rapport sur le sujet. Preuve, s’il en est encore besoin, que nos sociétés ont un vrai retard sur cette question. Tant au niveau de la prise en charge qu’au niveau du dialogue, des échanges, et des tables rondes pour essayer de trouver des solutions à un problème qui ne cesse de s’aggraver.

 

10En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-29 ans (15% des décès), derrière les accidents de la route (40% des décès). Un adolescent se suicide tous les trois jours, dans notre pays. Et nos voisins européens sont à peu près à la même enseigne. Parler de la mort est déjà difficile, évoquer le suicide l’est davantage encore. Mais quand on touche au problème des jeunes, voire des très jeunes, l’omerta est définitivement installée. Et difficile à briser. Résultat : les parents se retrouvent seuls avec leur peine, leur deuil, leurs questions, quand l’acte a été commis. Et ceux qui ont peur, qui voient bien que leur enfant va mal, qui ne savent pas quoi faire, comment gérer la situation, sont tout aussi démunis. « Le suicide des adolescents est un grave problème de santé publique qui est depuis trop longtemps resté tabou », estime Xavier Pommereau, auteur de « L’adolescent suicidaire », publié chez Dunod. « Entre celui qui pense au suicide et ceux qui l’entourent, l’incompréhension peut être totale. En l’absence de tiers, la honte et la culpabilité du sujet de parler et son entourage de l’écouter. Chez les adolescents des pays industrialisés, on assiste à une augmentation inquiétante des troubles, des conduites revêtant directement ou indirectement une dimension suicidaire ». Aujourd’hui, une prise de conscience s’impose, au niveau des gouvernants comme au niveau des personnels de santé.

 

13Car peu de médecins savent répondre, avec les mots justes, et anticiper le pire pour qu’il ne se produise pas. Car peu de médecins ont tout simplement conscience que les ados sont une population fragile, qui hésite moins, au moment de franchir le pas. Ces médecins, ils ne demandent qu’à être mieux formés, mieux instruits, qu’à bénéficier, aussi, de budgets un tout petit peu plus conséquents pour pouvoir faire de la prévention efficace, et créer des structures adaptées. « Il n’y a eu aucune action nationale depuis l’an 2000 », déplore une pédopsychiatre de l’Hôpital pour enfants et adolescents Jeanne de Flandres, à Lille, qui souhaite garder l’anonymat (là encore, preuve que le tabou est vivace !). « En 2000, la France a un peu bougé les lignes, avec la présidence de l’Union Européenne, il y a eu quelques initiatives intéressantes, avec la publication de recommandations de prévention par la FNORS, la Fédération Nationale des Observatoires Régionaux de Santé ; ou encore, la mise en place d’un plan national de prévention du suicide par l’ANAES, l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé. Enfin, en octobre 2000, il y a eu un congrès national de la Fédération Française de Psychiatrie. Depuis ? Honnêtement, pas grand-chose. Cela fait 15 ans, bientôt 16 ! La société a évolué, les jeunes aussi, nous sommes très en retard et nous n’avons ni les moyens d’étudier, pour mieux prévenir et mieux guérir, ni les moyens d’améliorer la prise en charge des familles ».

 

3De nombreux spécialistes du sujet, en France, militent pour la création de structures comme il en existe désormais en Suisse : des pôles, largement équipés, destinés pour une part à la prévention, pour l’autre part aux thérapies (jeunes ayant procédé à une ou plusieurs tentatives de suicide). Ces structures, sont spécialisées dans la prise en charge à partir de 14 ans, car on constate aussi chez les nouvelles générations que le passage à l’acte a lieu de plus en plus tôt, parfois même avant 12 ans. Inaugurée le 10 septembre 2015, date de la journée mondiale de prévention du suicide, une unité de ce type vient ainsi de voir le jour à Genève, en partenariat avec la Fondation Children Action. « Cette unité de crise regroupe des services ayant déjà une longue expérience dans la prise en charge des adolescents », explique Anne Edan, la directrice. « Cette synergie entre soin et prévention est extrêmement fertile, c’est la meilleure approche jusqu’à présent imaginée par des professionnels de santé pour combattre le suicide chez les adolescents. Les jeunes peuvent bénéficier ainsi d’une offre de soins sur mesure, de mille manières de se faire entendre avec des rencontres face à face, seul ou en famille, mais aussi des échanges par téléphone ou par mail,  aussi bien au niveau de la prévention que du suivi après les faits s’ils se sont produits. Ils peuvent alors aussi choisir une hospitalisation classique ou ambulatoire, avec des soins de jour, ce qu’ils acceptent souvent mieux à cet âge là. S’ils ne souhaitent ni un retour dans la famille ni une hospitalisation classique, nous avons même des appartements de location temporaire dans lesquels ils peuvent s’installer un temps ».

 

14Avantage de cette structure ? Bénéficier aussi aux proches de l’adolescents, et leur proposer un suivi et une écoute qui sont primordiaux. « Il y a les parents, désemparés parce qu’ils n’ont rien vu venir, parce que leurs enfants ne se sont pas confiés à eux avant le passage à l’acte. Mais il y a aussi les amis, à qui au contraire le jeune a tout confié, et c’est une charge morale très lourde à porter quand on a 13, 15 ou 18 ans », explique Nathalie Schmid Nichols, la psychologue responsable de la section préventive du pôle genevois. « Ces proches ne sont pas à négliger, d’abord parce qu’ils risquent d’aller mal à leur tour, mais aussi parce qu’ils sont l’un des atouts majeurs d’une thérapie réussie. Il permet de mieux comprendre l’ado, de mieux l’entourer, à la juste dose, ni en s’inquiétant trop ni en occultant les signes qui doivent alerter, et de savoir employer les mots justes en cas de besoin. Les jeunes peuvent être convaincus que la souffrance qu’ils ressentent est là pour toujours, qu’il n’y a pas de réparation possible. Le rôle des thérapeutes consiste alors à accompagner l’adolescent et ses proches, pour qu’ils trouvent ensemble les solutions ».

 

8L’année dernière, le Ministère de la Santé français a mis en ligne un guide pour repérer les « souffrances psychiques et les troubles du développement chez l’enfant et l’adolescent » à destination des infirmières et des assistantes sociales de l’éducation nationale. Insuffisant, estiment aujourd’hui les professionnels de santé en France. Qui demandent davantage de mobilisation, pour que le suicide des adolescents cesse de faire tristement grimper les statistiques de la mortalité chez une population qui a, théoriquement, toute la vie devant elle.

 

 

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