Présidentielle : comment le vote des soignants a influencé le premier tour de scrutin

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Cette année, l’élection présidentielle marque un tournant dans l’histoire du vote des soignants sous la cinquième République : le dernier quinquennat, la loi Santé tellement controversée de Marisol Touraine, le malaise des infirmiers, des sages-femmes, des soignants en général, la pénibilité du travail… tout cela a bouleversé la donne et changé radicalement la tendance électorale du côté des soignants.

 

7Historiquement, les médecins et les pharmaciens votent traditionnellement pour un candidat de la droite républicaine. Et pourtant, pour la première fois, ils ont été davantage partagés que d’habitude, entre François Fillon et le candidat OVNI d’En Marche, Emmanuel Macron : ainsi, selon les premières estimations, les médecins et les pharmaciens français auraient voté quasi à égalité pour le candidat Les Républicains (36%) et pour l’ancien jeune locataire de Bercy (35%).

 

Une vraie révolution, quand on sait que les médecins comme les pharmaciens constituent le noyau dur de l’électorat de droite traditionnel, qui compte d’autant plus sur leur vote que l’un comme l’autre sont rarement abstentionnistes : pour ce premier tour de scrutin du 23 avril 2017, plus de 75% d’entre eux seraient allés voter, selon les calculs des sondeurs. Ce qui explique, sans doute, le score historiquement bas de François Fillon et de la droite démocratique. Comme d’habitude en revanche, pharmaciens et médecins ont été très peu tentés par les extrêmes : à peine 5% d’entre eux sont des électeurs du Front National, depuis que le parti existe. C’est l’une des rares catégories de la population qui n’ait pas vacillé à la hausse en faveur de Marine Le Pen. Qui est même en dessous de Jean-Luc Mélenchon (7% des intentions de vote des médecins et des patrons d’officines, juste avant le premier tour de scrutin de cette présidentielle 2017).

 

8Cette année tout particulièrement, les médecins et les pharmaciens ont donc énormément pesé sur le résultat du premier tour. Symptôme s’il en est du fait que le fossé s’est énormément creusé entre les « blouses blanches » et le pouvoir. Les réformes de Marisol Touraine, le tiers payant, le temps de travail à l’hôpital, la fatigue, les suicides, les burn out, la désertification médicale, bref, la mauvaise santé de la santé… ont influencé le vote des Français comme jamais : le vote des médecins et des pharmaciens en particulier, mais aussi le vote de leurs patients et de leurs clients. Car le médecin français reste le notable le plus écouté et le plus respecté des familles, et son avis peut orienter beaucoup plus qu’on ne le croit la couleur du bulletin glissé dans l’urne par ses patients, surtout les plus âgés. Même chose pour le pharmacien du village, du coin de la rue, de la famille, à qui on se confie depuis toujours et dont on écoute, en retour, l’avis avec déférence.

 

4Autre petite révolution copernicienne : le vote des autres soignants, hors médecins et pharmaciens : infirmiers et infirmières, sages-femmes et sages-hommes, aides-soignants… Bastion traditionnel du socialisme, cet électorat là a totalement basculé pour ce premier tour de scrutin de l’élection présidentielle de 2017. Là encore, c’est sans doute ce qui explique la déconfiture de Benoît Hamon, pourtant candidat investi officiellement par le PS à la primaire de la gauche. En réalité, les « blouses blanches » ont viré de cap comme jamais ce dimanche 23 avril 2017. Pour la première fois, la droite et l’extrême droite ont rassemblé davantage de bulletins de leur part que la gauche traditionnelle. Marine Le Pen a engrangé 31% des voix des soignants, hors médecins et pharmaciens, une percée inédite dans l’histoire de la cinquième République, tandis que François Fillon a tout de même pu compter sur près de 6% des voix de cet électorat d’ordinaire massivement enclin à soutenir le candidat socialiste… ce dernier, Benoît Hamon, a recueilli à peine 3% des voix de cette catégorie socio-professionnelle, une claque historique.

 

1Même Emmanuel Macron n’a pas remporté l’adhésion escomptée, sans doute trop associé au bilan du quinquennat Hollande, considéré comme cauchemardesque par une immense majorité des soignants. Le candidat d’En Marche n’est arrivé qu’en quatrième position dans le vote des soignants (toujours hors médecins et pharmaciens) avec 11% de leurs voix pour ce premier tour. C’est Jean-Luc Mélenchon (18% des voix environ) et le vote blanc (17%, une autre première historique chez les blouses blanches) qui sont arrivés en deuxième et troisième position des suffrages. Autant dire que cette évolution des sensibilités chez les infirmiers, les sages-femmes, les aides-soignants, a sans doute pesé presqu’aussi lourd dans ce premier tour inédit par sa teneur et ses résultats, que le lâchage historique du candidat de la droite par les médecins et les pharmaciens.

 

 

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