Ras le bol dans la Fonction Publique Hospitalière : paroles d’agents

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« Nos conditions de travail sont déplorables, on a une direction qui ne nous entend pas et les personnels en ont marre… alors je suis désolé, mais on vous prend un peu en otage… ». Cette phrase, entendue des dizaines de fois lors de la grande manifestation de la fonction publique cette semaine, résume en quelques mots l’état d’esprit des soignants qui travaillent à l’hôpital. Des années maintenant, que la situation à l’hôpital se dégrade, et des alertes qui semblent résonner dans le vide : médecins, infirmiers, aides soignants, sages femmes se sentent pris en otage entre leur vocation d’assistance à autrui, et des pouvoirs publics et des directions qui font la sourde oreille, obsédés par la réduction des déficits et le retour à l’équilibre.

 

Quelques jours après la manifestation du 10 octobre 2017, nous avons voulu faire le point sur la réalité du quotidien dans un hôpital public en France. Pour les syndicats, les choses vont de mal en pis et les dernières annonces de la ministre de la Santé n’ont pas calmé les esprits : « On veut nous supprimer nos RTT, de 24 à 10 jours… les hôpitaux sont mis à mal partout, on veut dire stop aujourd’hui à la surcharge de travail, à une activité beaucoup trop intense pour les effectifs présents. Nous ne pouvons plus assurer le suivi de nos patients. Notre direction n’est pas dans le dialogue, ne respecte rien. Nous n’avons que la voix de la rue et nous allons l’utiliser. Ce sont des mouvements que nous allons reproduire, pour mettre en place un rapport de force, puisqu’il ne nous reste que cela », explique FO Hôpital Public, qui revendique 450 000 fonctionnaires et plus de 130 délégations dans la rue, ce mardi.

 

Du côté du ministère, on évoque une simple réorganisation du temps de travail qui n’a pas vocation à faire travailler davantage les agents de la Fonction Publique Hospitalière, mais mieux répartir les RTT et les temps de repos, avec des journées allégées mais davantage de jours travaillés chaque année. Un discours qui passe mal. « Je travaille depuis 3 ans comme infirmière à l’hôpital de la Timone à Marseille », explique Sophie, qui a débrayé ce 10 octobre 2017. « Je veille sur près de 10 patients en même temps, dans mon service de chirurgie. Entre les soins et les veilles médicales, je peux vous dire que mes journées sont bien remplies, pour une reconnaissance inexistante et un salaire qui n’a pas bougé depuis le début. Alors les clichés sur les fonctionnaires, du genre les paramédicaux sont très bien payés pour le nombre d’heures de travail qu’ils effectuent, non, je ne peux pas l’accepter. Et je trouve que depuis 15 ans, les différents gouvernements et chefs d’Etat en France ont largement contribué à dégrader notre image. Je vis mal, comme mes collègues, la façon dont mon métier a évolué. Les fonctionnaires aiment leur métier, ils savent qu’ils ont une utilité sociale forte, et quand on nous oblige à mal faire notre boulot, forcément on le vit mal ».

 

« C’est la première fois depuis dix ans que tous les syndicats, qui représentent 5,5 millions d’agents en France, ont appelé à manifester. Pensez-vous vraiment que ce soit juste pour faire chier le monde ? ». Les mots sont crus, la colère grande, la fatigue aussi. A l’hôpital interdépartemental de Clermont, dans l’Oise, les soignants du service des urgences ne s’embarrassent plus de formules. « On est abandonnés, déconsidérés par le gouvernement. On manque de personnels, on n’arrive pas à faire le travail demandé, et notre salaire a diminué depuis 10 ans vous trouvez ça normal ? Les fonctionnaires aujourd’hui, en particulier dans la Fonction Publique Hospitalière, ont perdu leurs illusions. Alors que ce sont des métiers qu’on ne fait bien que quand on se sent écouté, reconnu, parce que l’hôpital c’est un sacerdoce aussi. Des métiers difficiles, en face à face avec la souffrance et la douleur des patients », explique Pierre, infirmier anesthésiste à Paris. Tous, contestent aussi le gel de leur rémunération qui doit se poursuivre en 2018. « Le point d’indice reste figé, sauf qu’avec la hausse de la CSG, on va encore perdre en pouvoir d’achat. Nous avons le sentiment, nous fonctionnaires hospitaliers, de n’être qu’un coût. Est-ce que la santé c’est un coût ? Non, c’est un investissement. Il faut prendre l’argent là où il est, pas là où il n’est pas. Il n’y a plus le moindre centime dans les hôpitaux en France aujourd’hui, qu’est-ce qu’ils veulent encore gratter ? », s’insurge un porte-parole syndicat des Chefs de Clinique et Assistants des Hôpitaux de Paris.

 

Le gouvernement promet des mesures de compensation, mais pour les personnels hospitaliers, le compte n’y est pas. Le retour du jour de carence en cas de maladie, ou la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat, ont mis le feu aux poudres. « On a aussi choisi la fonction publique, pour un plus petit salaire que dans le privé, pour la sécurité de l’emploi. Avec ces annonces, elle n’est plus du tout garantie c’est une évidence. On travaille de 7 heures du matin à 19 heures le soir, donc 12 heures par jour. Sur 3 jours on fait notre semaine de 35 heures, et on travaille évidemment 5 jours par semaine. Pour ça, je touche 1900 euros net par mois. Les paramédicaux ne sont pas assez payés pour la masse de travail qu’ils abattent », estime Françoise, infirmière à l’hôpital de Senlis, dans l’Oise. « Et nous ne partirons pas pour autant plus tôt que les autres en retraite. La seule contrepartie, ce sont des jours de récupération, mais nous ne pouvons jamais les poser pour en profiter. Alors les gens qui pensent que nous sommes privilégiés, je les invite à nous rejoindre ! ».

 

 

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