Violences à l’hôpital : 8 infirmiers sur 10 se sentent concernés !


Temps de lecture : 4 minutes

insecuriteOn ne compte plus les faits divers sordides à l’hôpital, et les agressions en tout genre contre le personnel hospitalier. Chaque semaine, les médias nous relaient, un peu partout en France, des cas de violence contre les infirmiers ou les infirmières d’un établissement de soins. Exemple ces dernières semaines : à Marseille, la police est appelée à l’hôpital Nord parce qu’un homme, blessé par balle lors d’un règlement de comptes, proteste contre son transfert d’une chambre à une autre… en prenant en otage du personnel soignant, sous la menace d’une arme, pendant plus d’un quart d’heure. En région parisienne, hôpital Delafontaine à Saint-Denis : un homme de 22 ans se présente dans la salle d’attente des urgences, il tire 3 coups de feu avant d’être maîtrisé. Et ainsi de suite… Au total, le Ministère de la Santé a recensé plus de 8000 agressions à l’hôpital l’année dernière, phénomène qui devrait encore prendre de l’ampleur en 2013.

personnelSurtout, ce qui n’était jusqu’alors qu’un sentiment est devenu depuis peu une réalité chiffrée : l’Observatoire des Violences envers les Infirmiers et les Infirmières vient de réaliser une enquête, basée sur le témoignage d’un peu moins de 1000 professionnels… et le résultat est accablant : 80% d’entre eux se disent préoccupés par la violence sur leur lieu de travail. C’est énorme ! « On se trouve devant des faits de plus en plus nombreux », estime Karim Mameri, secrétaire général de l’Ordre des Infirmiers. « La blouse blanche n’est pas une armure. Nous demandons d’urgence une formation spécialisée, et davantage d’effectifs. Menaces de mort, insultes, coups… tous les témoignages recueillis révèlent un profond mal-être. »

violenceAu service des urgences de Roubaix, situé dans l’une des villes les plus pauvres de France, les soignants appréhendent particulièrement la tombée de la nuit. « C’est l’heure où on passe dans une autre dimension », sourit A., infirmière là bas depuis plus de 15 ans. « La nuit, les gens n’ont pas les mêmes douleurs. On passe aux drames personnels et émotionnels, aux crimes passionnels, aux tentatives de suicide… la solitude est plus cruelle, le soir et la nuit, et elle rend les gens plus violents. Une fois, un homme a tenté d’assassiner sa femme dans la salle d’attente, avec un couteau de cuisine ! Il y a aussi beaucoup plus de patients qui arrivent avec la police ou la gendarmerie, pour être soignés dans des cellules spéciales, avant de partir en garde à vue. Ceux là, ce sont des cas vraiment difficiles, ils nous insultent, nous crachent dessus, ou essaient de nous tripoter en douce, quand leur escorte regarde ailleurs. Pas la meilleure facette de notre boulot, c’est sûr ! »

urgencesA l’Observatoire des Violences en Milieu Hospitalier, les retours sont les mêmes : selon cet Institut, le nombre d’actes violents, physiques ou verbaux, a doublé entre 2011 et 2012. Du coup, le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et Marisol Touraine, la Ministre de la Santé, ont annoncé un nouveau plan pour améliorer les dispositifs de sécurité dans les Hôpitaux de France. A l’étude par exemple, de nouvelles conventions entre les établissements de santé et les forces de sécurité du pays, afin de renforcer leur collaboration et leurs échanges, mieux diagnostiquer les zones les plus sensibles, et tirer au plus tôt les leçons de chaque incident, afin d’éviter qu’il ne se reproduise.

patientsDes constats et des mesures qui font écho, au sein d’autres professions : chez les pompiers notamment, qui ont, eux aussi, constaté une recrudescence des violences à leur encontre sur les lieux d’intervention. Ainsi, dans le Nord récemment, un pompier d’une trentaine d’années a été violemment pris à parti par les agresseurs d’un jeune homme qui venait d’être victime d’une bagarre, à Frévent. A trois ou quatre, les individus ont jeté le pompier à terre avant de le rouer de coups, puis de sérieusement dégrader son véhicule d’intervention. Un fait divers révélateur d’un changement de mœurs, dans une société où jusqu’alors, les « hommes du feu » étaient intouchables et respectés. En 4 ans, le nombre d’agressions déclarées contre les pompiers a augmenté de 35%, selon l’Observatoire National de la Délinquance.

 

2 réflexions au sujet de « Violences à l’hôpital : 8 infirmiers sur 10 se sentent concernés ! »

  1. pat888

    L’article cite des circonstances potentiellement criminogènes classiques comme étant à l’origine de cette recrudescence de violence (pauvreté, nuit). Il n’y a là rien de bien précis et argumenté et donc, logiquement, les seules solutions proposées sont répressives.
    Y a t’il eu une étude sérieuse cherchant des causes spécifiques / récurrentes / des corrélations entre ces actes?
    On peut se demander légitimement, par exemple, si on peut observer :
    1 une corrélation entre le milieu social des agresseurs (SDF, exclus, marginalisés, petite ou grande délinquance, crime organisé, groupes politiques ou religieux?) / et celui des victimes (fonctionnaires uniquement?)
    2 une corrélation entre la localisation des actes cités (Roubaix, St Denis, Marseille…) et la montée des politiques d’exclusion, de discrimination et des discours de haine, et/ou la ghettoïsation de certains quartiers, et/ou la paupérisation de populations fragilisées par la crise économique et sociale…?
    3 une corrélation entre la présence / l’absence sur place des services de l’Etat avec des moyens adaptés (BAC ou police de proximité, SDIS ou caserne de pompier locale, AP/HP sectorisée et concentrée ou urgences de proximité, assistantes sociales, dispensaire…), de commerces et services (médecins, pharmaciens), d’associations (éducateurs, prévention de la violence…)

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  2. Lucie

    Cet article ne relate qu’une infime partie de la violence vécu par les soignants ( ne parler que des infirmiers c’est un peu restreindre son champs de vision ) il ne s’intéresse qu’aux services d’urgence qui en effet recoivent une population plus « en crise » . Je ne sais pas s’ils ont interrogé que des infirmiers des urgences pour dire que 80% des infirmiers se sentent concerné par la violence, mais pour le vivre et absolument pas que dans les services d’urgences la violence en milieu hospitalier envers les soignants c’est quasiment du quotidien et elle concerne autant les infirmiers, aides- soignants ESH… Que se soit la personne âgée démente qui te frappe et t’insulte, les patients et les familles dans la douleur physique ou morale qui se servent de toi comme punchingball, les collègues qui violentent les patients (parce que ca se voit souvent ) Il est évident que le monsieur qui veut tuer sa femme dans la salle d’attente c’est un exemple plus parlant mais a la fois ne parler que de ca c’est assez restrictif.

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