Il y a urgence : l’hôpital public manque de bras

Temps de lecture : 3 minutes

Reportage pendant 48 heures, en immersion dans le service des urgences d’une grande ville : ici, chacun fait ce qu’il peut mais la fréquentation est tellement importante que le temps et le personnel manquent toujours cruellement. Entre la passion d’une vocation et la réalité du terrain, médecins, infirmiers et aides-soignants font « avec »… au jour le jour.

 

48h dans un service des urgences

48h dans un service des urgences

C’est un très beau service, tout a été refait à neuf il y a peu : des couleurs douces sur les murs, un éclairage un peu moins violent que les habituels néons affectés à ce type d’endroit, des outils à la pointe de la technologie. Mais malgré cela, le personnel est à la peine. Ce n’est pourtant pas la bonne volonté qui manque, chacun donne le sentiment d’être en sacerdoce : l’année dernière, tous personnels confondus, plus de 5000 heures supplémentaires ont été cumulées. Et l’établissement a la réputation qu’il mérite : sérieux, efficace, fiable. Mais c’est l’un des services d’urgences les plus fréquentés de France : 66 000 entrées par an, dont un tiers d’enfants. Pas toujours évident de suivre la cadence.

 

Entre 6 heures du matin et le début de l’après-midi, déjà plus de cent patients ont été accueillis dans le service. Dans une pièce, une adolescente hurle qu’elle ne voit plus rien, n’entend plus rien : elle a fumé du cannabis, et réagit mal à la substance. Une infirmière tente de la calmer, de la raisonner, en vain. Il faut attendre que la jeune-fille « redescende ». Juste à côté, dans la salle de déchoquage, là où sont amenés les patients dans un état préoccupant, une toute jeune fille, dans le coma : les analyses révéleront qu’elle a quatre grammes d’alcool dans le sang. Les mois de décembre et de janvier présentent toujours des pics de fréquentation : déprime saisonnière, solitude au moment où le commun des mortels se retrouve en famille, orgies d’alcool et de drogues : les périodes de fêtes de fin d’années sont toujours un moment de tension extrême.

 

Un patient au service des urgences

Un patient au service des urgences

Un brancard passe. C’est encore une adolescente, elle se plaint de maux de ventre. Plus tard, nous apprendrons qu’elle est enceinte et ne le sait pas encore. Deux couloirs plus loin, il y a Evelyne, une très vieille dame. Elle s’est fracturé la hanche en tombant. Un jeune infirmier l’emmène passer une radio. Dans la salle, le technicien est tout seul. Il soulève tant bien que mal la patiente : « C’est la nuit, on est en période de vacances, nous ne sommes que deux. Mon collègue est à la maternité, et moi ici je me débrouille comme je peux. On a un vrai problème d’effectifs ». Dans le service, il y a aussi Philippe, SDF. Il vient ici régulièrement. Il a faim, il a soif, il se sent terriblement isolé et pleure, comme un tout petit enfant. Il doit prendre des médicaments mais il n’en a plus. « On les accueille autant que possible, explique l’interne qui vient l’interroger sur son état de santé. Mais on manque de place, et de lits. Alors parfois, on ne peut les garder qu’une heure ou deux. Dès qu’on peut, on leur permet de dormir pour la nuit, mais franchement, c’est rare ». « Nous n’avons chacun que deux bras et deux jambes, sourit la chef de service, remarquable de patience et de douceur. On fait avec chacun comme s’il était tout seul, tout en sachant que dans chaque chambre d’autres nous attendent. Mais parfois, c’est impossible de prendre le temps d’écouter autant qu’il le faudrait, il y a trop de travail. ».

 

La nuit, le ballet des sirènes ne s’interrompt pas. Entre une et huit tentatives de suicide quotidiennes, en cette période de fêtes. Des drames passionnels, aussi, cela arrive. Ou des personnes escortées par la police, blessées au cours d’une tentative de braquage, par exemple. Et puis des enfants, pour une petite fièvre ou un gros bobo. « C’est ça qui est passionnant, explique une jeune infirmière. Cela fait 15 ans que je suis ici, et je ne m’ennuie jamais. Pas un jour, pas une heure ne ressemble à l’autre. On fait des rencontres étonnantes. »

 

Pour preuve : ces cartes postales et ces lettres, punaisées dans la salle de repos. Des mots de remerciement maladroits mais touchants, des dessins d’enfants. Autant d’encouragements à poursuivre la route… vaille que vaille.

 

 




4 commentaires

Laure le 8 juil. 2014

L’hôpital n’embauche pas c’est vrai!
Il y a beaucoup de candidatures, c’est surement vrai aussi… mais surtout la politique actuellement, vu l’état financier du système hospitalier public, est à la réduction du nombre de fonctionnaire (“il y en a trop” nous dit on! “ça coute cher” nous dit-on…)
L’emploi à l’hôpital est précaire. On tire sur la corde de ceux qui y sont employés. On ne remplace pas les départs à la retraite. On embauche au maximum des “jeunes” en contrats aidés (ça ne coute pas cher…)
(Je suis contractuelle en CDD depuis plus de 6 ans dans un hôpital public)

KARIM le 4 janv. 2014

L’hôpital public manque de bras ?! Détrompez-vous, j’habite dans le sud ouest j’ai 24 ans d’expérience en soins généraux avec un dossier “blindé”suite à un déménagement je me suis mis en disponibilité de l’EN et par motivations+envie intense de réintégrer un CHU/CH croyez moi que ça fait plus de 2 ans que je postule pour tout type de poste, en vain. ceci pour des raisons de discrimination d’âge on ne tient pas compte de votre savoir et savoir faire infirmier, tout simplement vous avez quelques échelons en trop…Alors s’il vous plait arrêtez de dire qu’il manque du personnel (ou des bras ou je ne sais quoi).

griboval le 22 févr. 2013

C’ est vrai qu il manque du personnel mais le public n’ embauche pas le personnel qui a plus ce 50 ans et qui pourtant apporte énormément dans les services ,experience maturité professionnelle et personnelle ,disponibilité .Qu’ ils réfléchissent à cela, la” crise” serait certainement moins dure si le public refaisaient confiance aux anciens !ils sont présents sur le marché!

PERRIER le 22 févr. 2013

Bonjour,
je confirme le constat qui est fait et je compatis avec les équipes.
Je n’ai pas passé 48h mais 2 ans dans un service d’urgences d’un CHU à 40 000 passages/jour.
J’étais en charge d’un projet d’amélioration.
Rien n’a pu être fait !!!
Ce n’est pas de la faute des médecins ni des soignants mais le résultat du système de gouvernance du CHU qui bloque toute suggestion qui n’émane pas de son administration:
Un directeur adjoint m’a clairement dit: “vous êtes là pour faire des constats et des rapports; pas pour proposer et encore moins mettre en oeuvre des solutions !”
La même expérience dans une clinique privée: j’ai obtenu des résultats tangibles en moins de 3 semaines.
Pour obtenir des données du système d’information il a fallu 2 mois au CHU et 2 heures dans la clinique !

Cordialement

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